Généalogie d’une idée
Faut-il réduire le temps de travail ? Et si oui, de combien ?
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Longtemps discréditée, l’idée d’une semaine de travail de 32 heures commence à faire son chemin, dans l’Hexagone comme à l’étranger. Une manière de profiter des gains considérables de productivité offerts par la technique pour se reposer davantage. De répartir, aussi, un travail devenant rare à une époque où les machines remplacent de plus en plus les humains. L’idée n’est pas, à vrai dire, nouvelle : de nombreux philosophes en ont fait leur cheval de bataille, en proposant des réformes parfois très radicales !
6 heures par jour
Thomas More (1478-1535), L’Utopie. More est sans doute le premier à évoquer la réduction du temps de travail comme condition du progrès humain, dans sa description de l’île d’Utopie : « Il ne faut pas croire que les Utopiens s’attellent au travail comme des bêtes de somme depuis le grand matin jusque bien avant dans la nuit. Cette vie abrutissante pour l’esprit et pour le corps serait pire que la torture et l’esclavage. Et cependant, tel est partout ailleurs le triste sort de l’ouvrier. Les Utopiens divisent l’intervalle d’un jour et d’une nuit en vingt-quatre heures égales. Six heures sont employées aux travaux matériels. » Insuffisant pour assurer la prospérité de la nation ? « On me dira peut-être : six heures de travail par jour ne suffisent pas aux besoins de la consommation publique, et l’Utopie doit être un pays très misérable. Il s’en faut bien qu’il en soit ainsi. Au contraire, les six heures de travail produisent abondamment toutes les nécessités et commodités de la vie, et en outre un superflu bien supérieur aux besoins de la consommation. Vous le comprendrez facilement, si vous réfléchissez au grand nombre de gens oisifs chez les autres nations. » Le problème essentiel est celui de la répartition équitable de la charge du travail.
8 heures par jour au maximum
Charles Fourier (1772-1837), De l’anarchie industrielle et scientifique. La réduction du temps de travail est une constante dans les courants du socialisme utopique qui se développe au XIXe siècle. Chez le philosophe et entrepreneur Robert Owen (1771-1858) par exemple, à qui l’on attribue le slogan « 8 heures de travail, 8 heures de loisir, 8 heures de repos », qu’il mit en pratique dans différentes communautés utopiques (à New Lanark, en Écosse, À New Harmony, aux États-Unis, etc.). Même approche dans l’Icarie, pays utopique imaginé par Étienne Cabet (1788-1856) : « C’est la République ou la Communauté qui, chaque année, détermine tous les objets qu’il est désormais nécessaire de produire. » Par conséquent, parce que la production est limitée, « la durée de travail […] est aujourd’hui fixée à sept heures en été et six heures en hiver, de six à sept heures du matin jusqu’à une heure de l’après-midi. On diminuera encore davantage, et tant qu’on pourra, si de nouvelles machines viennent à remplacer des ouvriers. »