Femmes !

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Cet article est issu du numéro 76 de Philosophie magazine « Peut-on être honnête et réussir ? », en kiosque le 23 janvier 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Orta, mai 1882

« Femmes ! » fait un peu penser au cri du vitrier, qui ici ou là continue sa tournée sans se soucier du fait que des femmes, dans les maisons, il n’y en a plus guère – et que, de surcroît, dans les maisons, il n’y a plus grand-monde aujourd’hui. Sauf peut-être une aide à domicile roumaine qui s’occupe d’une vieille tante. Ou un auxiliaire de vie sri-lankais. « Femmes ! », tel était l’incipit, un peu comme un appel, de Derrida en 1972, à Cerisy, au colloque sur Nietzsche, auquel participèrent aussi Gilles Deleuze, Pierre Klossowski, Jean-François Lyotard, et au cours duquel il s’était attaché à la lecture d’un fragment de Nietzsche datant de l’époque de Bâle : « J’ai oublié mon parapluie. »

De ce parapluie, Derrida a tiré tout ou presque : la castration, la vérité comme Circé envoûtant les philosophes, le fait qu’il n’y a pas de véritable sens d’un texte, ce qui ne vaut pas seulement pour la phrase « J’ai oublié mon parapluie », mais pour n’importe quelle autre phrase, sentence ou œuvre, excepté bien sûr les éditions historico-critiques ou les interprétations de Heidegger. Tout ce qui reste, c’est le style, un idiome, une individualité, une unicité, ce qui, par exemple, pousse à signer quelque chose comme le faisait Nietzsche. Il faudra toute l’habileté en matière d’interprétation de Derrida et son goût spontané de la séduction pour renverser le renversement et soutenir que, malgré son antiféminisme, Nietzsche a pratiqué à titre personnel cette « philosophie femme », par exemple en mettant au centre de sa recherche non pas la vérité mais le style, et une certaine séduction.

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