Florence Varin. Abattre les murs du genre

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Cet article est issu du numéro 139 de Philosophie magazine « 139 - juin 2020 », en kiosque le 13 mai 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Elle a la quarantaine, a été mariée et père de trois enfants, mais Florence Varin confie être véritablement née en 2017, le jour où elle a achevé sa transition. Aujourd’hui, elle accompagne les personnes qui souffrent de ne pas être nées dans le bon corps, avec une question : comment devient-on ce que l’on est vraiment ?

Le téléphone portable est toujours dans le champ de vision. À la maison, au travail ou ici, dans un bistrot du centre de Lyon où Florence Varin a ses habitudes. Au bout du fil, des personnes qui ont décidé d’assumer leur transidentité ou qui se posent des questions. Pour ceux qui ne sont pas nés dans le bon corps, cette ligne, qu’elle assure seule depuis trois ans, est une petite porte pour échapper à la solitude et aux angoisses quotidiennes.

« Le dernier qui m’a appelée était un jeune garçon. Il a accepté le fait d’être trans mais il est complètement perdu. Il se demande : “Qu’est-ce que je vais devenir ?” “Est-ce que je vais avoir une vie sociale ? Un travail ?” Ou la question, malheureusement récurrente : “Est-ce que je suis malade ?” » se désole Florence. Des appels comme celui-ci, elle en reçoit deux par jour en moyenne. À chaque fois, elle prend le temps de détricoter les idées reçues, de remonter le moral, d’orienter vers les médecins compétents. Elle craint toujours que, le jour d’après, l’autre ne réponde plus…

 

Quand le mensonge se fissure

Si aujourd’hui elle affirme avoir « une grande gueule », Florence a aussi connu le mutisme, l’étreinte permanente de l’angoisse et du doute. « Je me souviens de la première jupe que j’ai enfilée. J’avais 5 ans et j’étais alors un garçon. Elle était jaune, en laine doublée en Nylon. Dès ce jour, je me suis dit que j’étais cinglé et qu’il ne fallait pas en parler. » À rebours d’une enfance où elle grandit dans un corps qui ne lui correspond pas et face à l’absence de structures d’accompagnement des personnes transidentitaires, elle décide de créer son association, Le Jardin des T.

Dates clés

  • 1970 Naissance dans le Jura
  • 2013 Dix ans après avoir monté son restaurant à Lyon, Florence débute sa transition et crée dans la foulée le Jardin des T pour accompagner les personnes transidentitaires
  • 2014 Florence initie des groupes de parole et accueille des personnes en transition venues de toute la France
  • 2016 Au terme de mois de militantisme, la loi de modernisation de la justice est votée le 18 novembre. Elle facilite le changement d’état civil pour les trans. Une « preuve médicale » n’est plus nécessaire, mais les personnes doivent encore passer devant le tribunal de grande instance 
  • 2017 Après une opération de reconstruction maxillo-faciale et une mammoplastie, Florence procède à sa vaginoplastie, moment qu’elle identifie à sa naissance
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