France / Politique

Gare au consensus !

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Chantal Mouffe en 2018 © Édouard Caupeil

En tirant les enseignements tirés du Grand Débat national, le Premier ministre soulève la difficulté à proposer une synthèse de proposition. Mais faut-il vraiment chercher le consensus en démocratie ? Le point de vue de la philosophe Chantal Mouffe.

Voici venu le temps de la « restitution ». Depuis une semaine, Édouard Philippe livre les enseignements du Grand Débat national. Le Premier ministre insiste sur la difficulté d’élaborer une synthèse qui « paraîtra toujours un peu réductrice ». Que faire en effet de tout ce qui s’est dit sur les cahiers de doléances, sur la plateforme du Grand Débat et dans les réunions publiques ? 

Il existe deux options : ou trancher pour des choix clairs, quitte à renforcer les clivages et paraître ignorer certaines propositions ; ou chercher un moyen terme, au risque de ne satisfaire personne. Si aucune des solutions ne paraît convenir, c’est que nous vivons dans une ère « postpolitique », selon la philosophe Chantal Mouffe, « qui nie la dimension antagonistique du politique ».  

Comme elle l’explique dans L’Illusion du consensus (Albin Michel, 2016), « les frontières entre la gauche et la droite sont devenues remarquablement floues. Mais, au lieu de créer les conditions d’une démocratie plus mûre, cette situation a correspondu, dans la plupart des sociétés occidentales, à une perte de légitimité des institutions démocratiques.

Dans un tel système, « la violence et l’hostilité sont perçues comme des phénomènes archaïques qu’il s’agirait d’éliminer en élargissant les échanges et en établissant, par le biais d’un contrat social, une communication transparente entre des participants rationnels. » 

Mais cette vision dialogique et consensuelle, qui a présidé au Grand Débat national, est illusoire, pour la philosophe. Pire, elle exacerberait paradoxalement « le potentiel d’antagonisme qui existe dans toute société » car nier la réalité des différends revient à conforter la révolte morale et la contestation violente.  

À cette consultation, le président de la République doit maintenant trouver une issue... Consensuelle ?