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Holger Schulze : “Les armes acoustiques sont des machines à tuer le discours”

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Holger Schulze : “Les armes acoustiques sont des machines à tuer le discours”

En 2011, à Toronto (Canada), un officier de police utilise un “outil acoustique à longue portée” (long range acoustical device, LRAD). © Chris Drost/ZUMA/REA

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Les armes acoustiques sont rarement au coeur des débats. Elles se développent pourtant depuis une vingtaine d’années et sont notamment utilisées par la Grèce contre les migrants qui débarquent sur ses côtes. Pour le musicologue allemand Holger Schulze, c’est un scandale qui devrait nous faire réagir !

 

De quoi parle-t-on lorsqu’on parle d’armes acoustiques ?

Holger Schulze : Les dispositifs acoustiques à longue portée (LRAD) existent depuis environ vingt ans. Elles sont présentées comme des « armes non létales ». Normalement, en effet, un son émis s’affaiblit à mesure qu’il se propage. Avec les LRAD, cependant, la pression acoustique reste la même sur une plus longue période de temps. Dans une certaine mesure, ces armes sont comparables à des lasers : des signaux sinusoïdaux se superposent pour pouvoir être émis sur une longue durée à un volume élevé. Cela nécessite une technologie complexe, c’est pourquoi la plupart des armes soniques sont développées dans le plus grand secret. Néanmoins, ces armes sont commercialisées lors de foires aux armements. 

 

Pourquoi ces technologies « non létales » se développent-elles aujourd’hui ?

De nombreux mythes autour des armes soniques ont vu le jour au XXe siècle. Dans les milieux underground de la contre-culture, on spéculait sur l’existence de « booms soniques » fatals et de « lasers soniques ». Avec l’utilisation généralisée des technologies informatiques dans les années 2000, ces histoires sont devenues réalité. Les premiers clips publicitaires vantant ces armes sont apparus dans le sillage de la « guerre contre le terrorisme ». Contrairement aux années 1980, où les armes de destruction massive étaient au centre du débat, il s’agissait désormais de traiter le problème du terrorisme de manière sélective. C’est pourquoi toute une gamme d’« armes non létales » a été développée, des mousses collantes aux balles en caoutchouc. Ces technologies ne tuent pas directement, elles arrêtent plutôt un adversaire – un terroriste mais aussi un manifestant – sans faire couler de sang. Dès le début des années 2000, le Parlement européen s’est intéressé à ces « armes non létales » : on a commencé à se renseigner, à discuter de celles qu’il serait intéressant d’acheter. 

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