Vers le “monde d’après” ?

Jacques Rancière, l’antifataliste

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Jacques Rancière, l’antifataliste

©La Fabrique éditions

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Il y a trente ans, la chute du bloc de l’Est était censé amener une ère de paix. Il n’en pas été ainsi, constate Jacques Rancière dans son dernier livre de conversations Les Trente Inglorieuses. Scènes politiques (La Fabrique Éditions). Sommes-nous pour autant condamnés à vivre dans un monde toujours plus inégalitaire ? Non, répond le philosophe, qui ouvre là de nouvelles voies vers l’émancipation.

 

Penser l’événement

Depuis trente ans, l’auteur de La Haine de la démocratie (2005) et du Maître ignorant (1987) a toujours joué le jeu de la discussion pour mieux aiguiser sa réflexion sur le monde et ses troubles, sur les « processus qui ont construit notre présent divisé ». Dans un précédent livre d’entretiens publié en 2012, La Méthode de l’égalité, Jacques Rancière qualifiait déjà ainsi sa démarche : « Je suis quelqu’un qui n’aime pas parler et qui aime les mots, qui pense que la puissance de l’événement est malgré tout liée à la puissance des mots capables de le qualifier. » 

Les mots qui qualifient les événements majeurs de nos trente dernières années traversent son dernier livre, aussi passionnant par le condensé qu’il offre de notre histoire récente que par le dévoilement des cheminements de sa pensée. Il est frappant de mesurer combien sa « méthode » – plutôt que son « système » de pensée – reste la même au fil des analyses qui filent dans ce temps long. Cette constance se caractérise par le souci de défendre les voies de l’émancipation et de l’égalité, de faire de l’exercice de la pensée un acte partagé, en déjouant la frontière habituelle entre « savants » et « ignorants ». Rancière rappelle dans son avant-propos ce qu’il disait déjà il y a douze ans, pour mieux éclairer la nature de ses interventions : « Il n’y a pas la théorie d’un côté et, de l’autre côté, la pratique chargée de l’appliquer. Il n’y a pas non plus d’opposition entre la transformation du monde et son interprétation. Il y a des textes, des pratiques, des interprétations des savoirs qui s’articulent les uns sur les autres et définissent le champ polémique dans lequel la politique construit ses mondes possibles. » 

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