Municipales 2026
Jean-Claude Monod : “Les municipales montrent que le macronisme a alimenté un fort sentiment d’impuissance politique”
Bureau de vote lors du second tour des élections municipales françaises, le 22 mars 2026. © Konrad K. /Sipa
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Une gauche divisée mais qui résiste, une macronie qui s’efface, un RN qui s’implante… Quels enseignements tirer des élections municipales ? Le philosophe Jean-Claude Monod, auteur de L’Art de ne pas être trop gouverné (Seuil, 2019), nous éclaire.
Quel bilan tirez-vous de ces élections municipales ?
Jean-Claude Monod : Ces élections ont été marquées par la confusion des enjeux politiques. Il n’était bien souvent plus question d’affaires locales mais d’une élection qui devait profiler la présidentielle de 2027. Tous les partis se sont donc félicités de leur percée avec un effet assez comique dans la mesure où certains partaient de zéro, comme La France insoumise (LFI) ou certaines composantes de la majorité présidentielle. Le Havre est un exemple symbolique : le maire sortant Édouard Philippe avait conditionné sa candidature à l’Élysée à sa réélection à la tête de sa mairie. Le non-retrait de LFI à Paris était aussi une façon d’instaurer un rapport de force en vue de 2027. Le calcul propre à la stratégie électorale a éclipsé les enjeux locaux. Et, en fin de compte, cela n’a pas été très bien vécu par des Français usés par le fonctionnement des institutions de la Ve République où l’élection présidentielle finit par écraser tous les autres scrutins. La très faible mobilisation le montre, alors que, historiquement, les élections municipales conservaient un bon taux de participation précisément parce qu’il s’agit d’un échelon où le citoyen peut directement constater les conséquences du vote : il voit les décisions à l’œuvre, les résultats concrets des programmes. En toile de fond, nous constatons aussi une désaffection pour la démocratie en Europe. Le macronisme était censé renouveler la politique avec une plus grande participation de la société civile, une politique moins professionnelle et moins structurée par les logiques partisanes. De toute évidence, cela n’a pas fonctionné et a nourri en France un fort sentiment d’impuissance publique. Comme le relevait le regretté Lionel Jospin, un politicien sans expérience militante, sans ancrage local et avec une connaissance très limitée du monde du travail a peu de chances de se faire l’écho de larges parties de la population.