Regard
Jean-Pierre Dupuy : « La dissuasion suppose un jeu avec le feu »
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Cet article est issu du numéro 26 de Philosophie magazine « 26 - février 2009 », en kiosque le 29 janvier 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Trois questions à… Jean-Pierre Dupuy, philosophe et professeur à Stanford. Face aux grandes menaces écologiques et politiques, il défend un catastrophisme éclairé par la pensée du sacré.
Qu’est-ce qui vous permet d’affirmer que l’époque moderne porte la marque cachée du sacré ?
Cachée ? Mais ses marques sont partout, pour qui sait les voir. Pourquoi croyez-vous que le lieu de New York où se dressaient les Tours jumelles s’appelle, sur les plans de reconstruction du site, « espace sacré » ? Est-ce un hasard si les missiles de la force de frappe française portent le nom du dieu des enfers, Pluton ou Hadès ? Les grandes catastrophes, comme celle qu’a causée le cyclone Katrina, qui sidèrent les peuples de la Terre avant de les rassembler dans une effervescence planétaire, ne suscitent-elles pas une « terreur sacrée » ? Ma définition du sacré est anthropologique et biblique : il y a sacré lorsque « Satan expulse Satan », comme dit la Bible, ce qui, dans une traduction anthropologique, signifie que la violence des hommes est capable de se mettre en extériorité par rapport à elle-même pour s’autoréguler, sous la forme d’institutions, de rituels et de croyances. La forme la plus achevée et peut-être ultime de cette autotranscendance est la dissuasion nucléaire : si le monde a jusqu’ici échappé à un holocauste nucléaire, croyons-nous, c’est parce que les puissances nucléaires se menacent les unes les autres de déclencher cet holocauste !