La critique de Jean-Pierre Dupuy : “Si la catastrophe est certaine, Pourquoi agir ?”
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Cet article est issu du numéro 136 de Philosophie magazine « 136 - février 2020 », en kiosque le 16 janvier 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les théoriciens de l’effondrement se revendiquent de la notion de “catastrophisme éclairé” forgée par le philosophe Jean-Pierre Dupuy. Une méprise selon ce dernier, car leur conception erronée de la complexité et du temps les voue à l’impuissance.
« Je suis en colère contre les collapsologues, parce que la cause est essentielle : nous sommes effectivement au bord du gouffre. Ils se revendiquent de ce que j’ai appelé le “catastrophisme éclairé”, qui consiste à faire comme si la catastrophe était une fatalité afin que l’inéluctable ne se produise pas. Mais en tenant la catastrophe pour certaine, ce que je me suis personnellement toujours gardé de dire, leur catastrophisme est tout simplement irrationnel. J’ai deux grandes critiques à leur adresser.
La première est qu’ils ne cessent de parler de système complexe sans savoir de quoi il s’agit. Pour eux, tout système complexe serait destiné à s’effondrer, si bien qu’il n’y aurait de salut que dans une vie “simple”, sans technologie. Bref, le retour à la terre. Cette thèse réactionnaire et fausse conceptuellement confond la complication et la complexité. La stabilité et la résilience des écosystèmes, leur résistance aux chocs externes sont justement produites par leur complexité. Les subprimes, par exemple, obscurcissent les risques financiers. Il s’agit de complication. En revanche, un baiser est complexe bien que simple, comme le montre Edgar Morin : chacun peut apprendre à embrasser, mais un baiser contient toute la vie. Simplicité et complexité peuvent donc aller de pair – pas complication et simplicité, qui sont contraires.