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“J’offre 1 700 euros à un SDF” : comment internet est devenu le temple de la bonne conscience

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“J’offre 1 700 euros à un SDF” : comment internet est devenu le temple de la bonne conscience

Capture d’écran de la vidéo “100 Actes de Gentillesse qui vont vous Redonner Foi en L’Humanité”, mise en ligne sur la plateforme YouTube.

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Des vidéos d’individus en train de faire de bonnes actions fleurissent sur les réseaux sociaux. En plus de manquer d’humilité, ces mises en scène passent à côté de leur but : « inspirer » les gens à faire de même. Éclairage avec Jankélévitch et Adam Smith.


 

Une jeune femme dans un superbe appartement en hauteur offre des chocolats à l’homme suspendu dans les airs qui nettoie ses vitres, un individu aide une mamie à traverser la rue, des étudiants chantent en chœur devant la chambre d’hôpital de leur professeur malade… Ces trois situations ont un point commun : elles ont été filmées et diffusées sur la plateforme YouTube. Le but de la démarche est énoncé en début de vidéo : « Un simple acte de gentillesse peut apporter de la joie et de l’inspiration. » L’idée semble aller de soi : en regardant des gens faire des actes de bienveillance, le spectateur sera lui-même encouragé, dans une forme de cercle vertueux, à pratiquer lui-même ce type d’acte. C’est ce genre de contenu, qui, dit-on, « redonne foi en l’humanité ».

La vertu ostentatoire

Au premier regard, le pari a l’air réussi. Ces mises en scène de la moralité – qui comptabilisent plusieurs milliers de vues –peuvent s’avérer particulièrement rafraîchissantes, notamment lorsqu’elles surgissent au milieu de contenus plus violents relatifs à l’actualité tragique du monde. Des pastilles, comme celle de cette petite fille qui a appris la langue des signes pour chanter « joyeux anniversaire » à un vieil homme sourd, évoquent par ailleurs une bienveillance sincère. L’image, par son immédiateté, et le message, par sa limpidité (« il faut être gentil avec les autres »), offrent le spectacle apparemment sans ambiguïté de la pureté morale.

Mais le bât blesse dès que l’on songe au dispositif qu’il a fallu mettre en place pour en arriver à ce résultat : sortir avec son téléphone, s’installer suffisamment proche de la scène « mignonne », appuyer sur le bouton play, parfois mettre une petite musique entraînante, et enfin, poster la vidéo sur les réseaux sociaux. Ces mises en scène illustrent ce que Vladimir Jankélévitch appelle « la vertu ostentatoire », qui « caractérise une manière de faire, une réussite éblouissante offerte en spectacle à tous les regards et à tous les sens en général ». Le but est d’emporter des suffrages, de récolter des commentaires positifs. « La vertu virtuose est, par définition, bruyamment reconnue, accueillie par les acclamations et célébrée par les hourras enthousiastes ; les vivats sans fin accompagnent chacune de ses apparitions », explique Jankélévitch. La pratique porte aujourd’hui un nom anglais : le « virtue signaling » (« l’affichage de la vertu »). Elle appartient plus largement à ce que les anglophones nomment avec sarcasme le « charity porn » (« la bienfaisance obscène »), qui consiste bien à susciter un maximum d’engouement autour de vidéos consacrées à la générosité humaine – afin, bien entendu, d’obtenir un maximum de vues.

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