L’exemple
John Rawls et le surfeur de Malibu
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Cet article est issu du numéro 31 de Philosophie magazine « 31 - été 2009 », en kiosque le 02 juillet 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
L’auteur de Libéralisme politique (PUF, 1997) considère injuste que quelques-uns se laissent porter par la vague quand d’autres galèrent…
La pratique du surf est pour vous un choix de vie. Chevaucher la vague dans un seyant maillot de bain est l’expression d’une liberté fondamentale, celle de « vivre de façon aussi non conventionnelle » que vous le désirez. Le hic ? Un honorable professeur travaille loin d’ici dans une université, il paye par ses cotisations sociales votre droit à l’oisiveté et aux loisirs. Vous trouvez ça juste ? John Rawls, non.
Le philosophe américain (1921-2002) l’écrit à plusieurs reprises : qui se satisfait du revenu social minimum et passe son temps à pratiquer son sport favori n’est pas dans son droit. « Ceux qui font du surf toute la journée à Malibu devraient trouver une façon de subvenir à leurs propres besoins et ne pourraient bénéficier de fonds publics » (Justice et démocratie, 1993). Il est en accord sur ce point avec l’intuition commune, qui veut que la logique de répartition soit liée à celle de la production – façon de décourager les resquilleurs. Car profiter indûment du travail d’autrui serait en quelque sorte une violation du contrat social libéral. Le sociologue norvégien Jon Elster nomme cet anathème du surfeur « objection d’exploitation » ou refus de l’exploitation des travailleurs par les paresseux.