Hors-série "L'art de ne rien faire"

Faut-il rémunérer les surfeurs ?

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Faut-il rémunérer les surfeurs ?

© Dendy Darma-Satyazi / unsplash

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Cet article est issu du Hors-série n°N°58 de Philosophie magazine « L’Art de ne rien faire », en kiosque le 27 juillet 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pourquoi donner de l’argent à ceux qui choisissent une vie de loisirs ? La question, qui déchire anti et pro-revenu universel, a aussi opposé deux grands noms de la philosophie politique à la fin des années 1980. Un débat qui a donné naissance à un personnage emblématique : le surfeur de Malibu.

 

La scène se déroule un matin de novembre 1987 à Paris, à l’hôtel des Grands Hommes. Invité à un colloque à l’occasion de la traduction française de sa Théorie de la justice, parue initialement en 1971, l’Américain John Rawls, mastodonte de la philosophie politique de la seconde moitié du XXe siècle, croise la route d’un jeune philosophe belge, Philippe Van Parijs. Celui-ci, grand lecteur de Rawls, profite d’être, comme lui, un lève-tôt pour oser lui parler à la faveur d’un petit-déjeuner. À ses yeux, lui explique-t-il, sa théorie de la justice et son idéal d’une société équitable plaideraient pour un revenu universel d’existence inconditionnel et sans contrepartie. La réponse du mentor est cinglante : « Si vous choisissez de vivre en faisant du surf à Malibu toute la journée, pourquoi la société devrait-elle vous nourrir ? » Van Parijs a confirmé la véracité de cette anecdote lors d’un entretien de 2019, précisant : « Ce qui s’est passé dans la salle du petit-déjeuner de l’hôtel des Grands Hommes fut l’une des plus grandes déceptions intellectuelles de mon existence » (La Suite dans les idées, France Culture, 20 avril 2019).

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