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Philippe Van Parijs. « Il faut être utopiste, plus que jamais »
© Emmanuel Polanco pour PM
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Cet article est issu du numéro 45 de Philosophie magazine « 45 - hiver 2010 », en kiosque le 24 novembre 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« Ce que j’aime dans L’Utopie, c’est l’ambition de transgresser joyeusement les limites du “politiquement faisable” de l’époque, de faire exploser la “pensée unique” qui bride l’imagination en quête d’une société meilleure. Cette ambition, Thomas More la réalise avec un humour, une élégance, une pédagogie et une fraîcheur qui font que L’Utopie conserve une lisibilité stupéfiante cinq siècles après avoir été écrite.
J’aime en particulier le passage où Raphaël Hythlodée se demande pourquoi le meurtre est plus fréquent en Angleterre qu’en France. Loin de se satisfaire d’une explication tautologique par le caractère national, il utilise un modèle très simple d’Homo rationalis. Il observe que le vol et le meurtre sont l’un et l’autre passibles de la peine capitale en Angleterre, alors que seul le meurtre l’est en France. Il ne faut pas attribuer aux voleurs des capacités de calcul exceptionnelles pour suspecter que cette différence peut conduire les voleurs anglais à adopter un comportement plus meurtrier que leurs homologues français, si d’aventure quelqu’un les prend sur le fait. D’où les deux propositions que Raphaël fait à son interlocuteur, l’archevêque de Canterbury : pour diminuer le nombre de meurtres, que l’on rende moins sévère la punition du vol ; et pour réduire le nombre de vols, que l’on assure à chacun de quoi vivre…