La correction à l’épreuve
© Oriane Safré-Proust / Valerie Oualid
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Cet article est issu du numéro 138 de Philosophie magazine « 138 - avril / mai 2020 », en kiosque le 26 mars 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les outils numériques nous permettent de tout modifier sans laisser de trace. Possibilité d’une seconde chance ou souci névrotique d’optimisation ?
Dans son livre Les Corrections (2001 ; trad. fr. Éditions de L’Olivier, 2002), le romancier américain Jonathan Franzen développait une vision tragi-comique de la famille, fondée sur une théorie déprimante : les enfants ne naîtraient que pour corriger les erreurs de leurs parents. Corriger, raturer, reprendre sont sans doute moins exaltants que réaliser une vocation existentielle, et les personnages de Franzen ont souvent tendance à étouffer dans des univers de compromis. Et pourtant, sa vision recèle un optimisme caché, tenant à la possibilité même de la correction ou de la seconde chance.
Cette possibilité de pouvoir revenir sur les choix douteux – les nôtres ou ceux de nos ancêtres –, cette capacité de transformer l’erreur, voire de l’effacer, fait désormais partie intégrante de notre quotidien. Possibilité de modifier l’heure d’un rendez-vous au dernier moment, d’annuler une nuit d’hôtel (moyennant un tarif plus élevé, la correction, cela va de soi, a un coût) ou une consultation chez le médecin sans se justifier. Sans oublier Waze, l’assistant de navigation capable de vous faire faire un détour de plusieurs kilomètres pour gagner une hypothétique minute virtuelle. Dans notre monde d’applications, nous pouvons nous adonner à la correction permanente.