Florilège
La Lune et sa face cachée dans l’œil des poètes, des philosophes et des écrivains
“Le Bercail, clair de lune”, tableau de Jean-François Millet, 1856-60. Walters Art Museum. © Domaine public
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Bien avant que les astronautes de la mission Artemis II n’en fassent le tour, la Lune – et sa face cachée – a enflammé l’imagination des poètes, philosophes, écrivains et scientifiques. Tour d’horizon d’une très ancienne fascination en 13 citations contextualisées.
Aristote : la Lune ne nous montre que son “visage”
Dès 350 av. J.-C., Aristote remarque à juste titre qu’on ne voit qu’une seule face de la Lune. Mais sa conception géocentrique d’un cosmos où les planètes, si elles se meuvent, le font d’elles-mêmes, lui fait tirer une conclusion fausse sur le fait que la Lune serait, elle, un astre immobile.
“Il est évident que les astres ne roulent pas. Ce qui roule doit, en effet, subir une révolution ; or on ne voit, de la lune, que ce qu’on appelle le visage. Par conséquent, puisque, s’ils se mouvaient d’eux-mêmes, les astres devraient, en bonne logique, être animés des mouvements qui leur sont propres, et que l’on constate qu’ils ne le sont pas, il est manifeste qu’ils ne sont pas mus par eux-mêmes”
Aristote, Traité du Ciel, II, 8 (350 av. J.-C.)
Galilée : “La Lune a la même forme que la Terre”
Dans un dialogue entre trois personnages fictifs, le physicien Salviati, prête-nom de Galilée et défenseur du système héliocentrique, se confronte à Simplicio, aristotélicien tenant des anciennes doctrines géocentriques, et à Sagredo, honnête homme sans opinion sur le sujet. Selon une perspective comparatiste totalement inédite, il les invite à observer les ombres et lumières de la Lune comme le signe qu’elle est comme la Terre, soumise à l’éclairage intermittent du Soleil, et comme la Terre, couverte d’un relief accidenté.
“SALVIATI : La Lune a la même forme que la Terre, c’est certain, indubitablement elle est sphérique ; cette conclusion s’impose quand on voit son disque parfaitement circulaire et la façon dont elle reçoit la lumière du Soleil : si sa surface était plane, on la verrait en un instant toute couverte de cette lumière et en un instant toute dépouillée de lumière on ne verrait pas, comme c’est le cas, la lumière disparaître d’abord des parties qui regardent vers le Soleil puis des parties suivantes ; [...] je soutiens que sa matière est très dense et très solide, autant que celle de la Terre; la raison en est très claire : sur sa plus grande partie, sa surface est inégale et, grâce au télescope, on y observe beaucoup de bosses et de creux ; beaucoup de ces bosses ressemblent en tout point à nos montagnes les plus abruptes et escarpées. [...] tout comme la Terre, on voit la Lune éclairée tantôt en totalité, tantôt à moitié seulement, tantôt plus ou moins (elle a alors la forme d’un croissant), et qu’à d’autres moments elle est totalement invisible, parce qu’alors, elle est sous les rayons du Soleil et que la partie qui regarde vers la Terre est totalement dans les ténèbres [...]”