Conquête spatiale
La Lune sera-t-elle bientôt privatisée ?
Décembre 1972. Site d’alunissage de la mission Apollo 17, dans la vallée de Taurus-Littrow (face visible de la Lune). Apollo 17 était l’ultime mission du programme Apollo de la Nasa, et c’est aussi la dernière fois que l’être humain a foulé le sol lunaire. © NASA/GSFC/Arizona State University
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Si la mission Peregrine, du nom de l’alunisseur américain conçu par l’entreprise privée Astrobotic qui devait se poser sur la Lune, a échoué, une question demeure : des territoires extraterrestres peuvent-ils être confisqués par les firmes qui les convoitent ? Analyse.
Des années de travail qui culminent dans un fiasco. Vendredi 19 janvier, la sonde Peregrine a officiellement été déclarée perdue par son fabricant, la start-up Astrobotic, après dix jours d’errance dans l’espace. La sonde lunaire avait été lancée avec succès le 8 janvier dernier par la fusée Vulcan Centaur, mais avait rapidement connu une avarie après s’être détachée de son lanceur, condamnant toute possibilité future d’alunissage.
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Peregrine devait être le premier engin privé à se poser sur la Lune. Si cet échec d’un contrat à 108 millions de dollars s’est révélé cuisant, il ne remet pas en cause, pour l’heure, les visées de plus en plus pressantes du secteur privé sur la conquête spatiale : la Lune, mais aussi Mars ou des astéroïdes, dont les sols recèleraient des trésors miniers cachés, entre autres promesses... Après avoir été la prérogative des États pendant la guerre froide, l’espace peut-il vraiment devenir une affaire privée ?
De la guerre froide à SpaceX
Si vous avez regardé la série de science-fiction For All Mankind (depuis 2019, diffusée sur Apple TV), qui dépeint la conquête de la Lune puis de Mars dans un présent imaginaire, son titre vous a peut-être interpellé : il s’agit en fait d’une référence au Outer Space Treaty de 1967, « Traité de l’espace » qui prévoit dans son article 1 : « L’exploration et l’utilisation de l’espace doivent être réalisées dans l’intérêt et aux bénéfices de tous les pays, et doivent être du ressort de l’ensemble de l’humanité (“of all mankind”). » À l’époque, cette déclaration – signée par des pays comme les États-Unis, l’URSS ou la France – vise surtout à empêcher une escalade militaire dans un contexte d’affrontement entre blocs, voire une nucléarisation de la Lune.
Les temps ont bien changé. Avec la chute de l’URSS, côté politique, et la mise sur orbite croissante d’engins de communication ou d’imagerie, côté technologique, le secteur privé a progressivement grignoté les prérogatives étatiques de la maîtrise de l’espace. On appelle « New Space » ce mouvement idéologique et industriel du XXIe siècle, consistant à voir des géants technologiques s’emparer de missions qui autrefois auraient été dévolues aux grandes agences publiques comme la Nasa. L’entreprise SpaceX d’Elon Musk, celle de Jeff Bezos Blue Origin ou très récemment la mission Peregrine d’Astrobotic sont les têtes de pont d’un écosystème en pleine expansion. Comme le résument Irénée Régnauld et Arnaud Saint-Martin dans leur livre passionnant Une histoire de la conquête spatiale (La Fabrique, 2024) : « La “démocratisation” des usages de l’espace va de pair avec leur mise en marché. »