L’aventure d’un classique
La méthode en un coup d’œil
Cet article est issu du numéro 154 de Philosophie magazine « Ma liberté est-elle négociable ? », en kiosque le 28 octobre 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Pour mieux comprendre le projet révolutionnaire de Descartes, un bon résumé vaut parfois mieux qu’un long discours – fût-il « de la méthode » !
La méthode
1. « Ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne connusse évidemment être telle. »
Descartes invite à s’approprier chaque nouvelle connaissance en reprenant le raisonnement scientifique qui y a mené.
2. « Diviser chacune des difficultés. »
Pour venir à bout du premier précepte, plutôt ambitieux, il faut identifier les difficultés et tenter de les décomposer en tâches plus accessibles.
3. « Conduire par ordre mes pensées. »
C’est aller du plus simple au plus difficile afin de ne pas se décourager.
4. « Faire partout des dénombrements si entiers et des revues si générales. »
Il s’agit d’organiser le champ de la connaissance afin de procéder de façon systématique.
La morale par provision
Restreinte à quatre principes « par provision », ou provisoires, elle maintient la possibilité de l’action, alors même que l’ensemble des savoirs est en cours de reconstruction :
1. « Obéir aux lois et aux coutumes de mon pays. »
2. « Être le plus ferme et le plus résolu en mes actions. »
3. « Tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs plutôt que l’ordre du monde. »
4. « Employer toute ma vie à cultiver ma raison et m’avancer autant que je pourrais en la connaissance de la vérité. »
Le cogito
« Je pense donc je suis » est la première certitude née de la table rase complète. Après que Descartes a douté de tout, il ne reste qu’une seule chose : lui-même qui doute de tout. « Je connus de là que j’étais une substance dont toute l’essence ou la nature n’est que de penser » : de là naît ce que certains interpréteront comme du dualisme, soit une volonté de séparer l’âme du corps – encore qu’il reconnaît s’intéresser à l’âme, car elle est « plus aisée à connaître que [le corps] ».
Le bon sens
Il y a un pari d’universalisme et d’optimisme chez Descartes : parce que nous sommes tous dotés de raison, parce que « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée », il est possible d’entreprendre l’immense chantier qu’il propose d’entamer d’abord seul, puis collectivement.
« Maître et possesseur de la nature »
Le projet cartésien vise avant tout à améliorer la vie humaine, notamment à rendre l’humanité moins dépendante d’aléas naturels qu’elle ne maîtriserait pas, comme les épidémies ou les tempêtes. Mais s’agit-il de ne considérer la nature que comme une réserve infiniment exploitable ? Les interprétations divergent, bien que notre civilisation semble avoir pris le chemin d’un cartésianisme sans nuances.
Trois rêves
C’est une série de songes, tous apparus la même nuit, qui donnent à Descartes l’intuition de sa méthode et de sa mission d’unification des savoirs. Ce que l’on considère comme un monument de la rationalité moderne vient donc d’un moment d’abandon du philosophe, pris par d’inquiétantes hallucinations.