« La monogamie, une exception chez les mammifères »

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Cet article est issu du numéro 61 de Philosophie magazine « 61 - été 2012 », en kiosque le 03 juillet 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

C’est inévitable : dès qu’on se met à parler de vie à deux, il y en a toujours un pour citer le règne animal, ses mâles volages et ses femelles qui nidifient. Sauf que la nature est autrement plus subtile, nous explique l’éthologue Frank Cézilly.

Dans le règne animal, la monogamie constitue-t-elle la règle ou bien l’exception ?

Franck Cézilly : Si l’on s’en tient aux mammifères, elle apparaît plutôt comme une exception notable. Nous parlons ici de la monogamie animale au sens de mode d’organisation sociale de la reproduction, à savoir le fait que, lors d’un cycle de reproduction, un mâle s’accouple avec une seule femelle, et réciproquement. Ce régime d’appariement exclusif ne concerne qu’environ 5 % des mammifères et entre 10 et 12 % des primates. Dans l’immense majorité des cas, les mammifères sont polygynes ; un mâle s’associe avec plusieurs femelles, tandis que chaque femelle n’est associée qu’à un unique mâle. Ce modèle général recouvre des schémas très divers. Parfois, on se trouve face à une structure de harem, où un seul mâle peut monopoliser plusieurs femelles qui vivent regroupées et se déplacent ensemble. Les mâles qui ne réussissent pas à prendre le contrôle d’un harem vivent alors isolés ou en groupes de célibataires, et n’ont pas accès à la reproduction. C’est le cas chez les équidés (chevaux, ânes, zèbres), les lions ou les gorilles de montagne, par exemple. Une forme différente de polygynie correspond au cas où les mâles ne défendent pas un groupe de femelles à proprement parler, mais plutôt un large territoire qui recoupe ceux, plus petits, de plusieurs femelles. C’est notamment le cas chez les tigres et les orangs-outans. Un autre régime d’appariement souvent observé correspond à la promiscuité : au sein d’un groupe vivant sur un territoire donné, chaque mâle peut copuler avec plusieurs femelles du groupe et réciproquement. Cette situation se rencontre notamment chez les chimpanzés et les bonobos qui, sur le plan phylogénétique [de leur patrimoine génétique], sont les plus proches de l’homme.

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