Zoologie

Les poissons sont-ils conscients d’eux-mêmes ?

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Comportement territorial : labres nettoyeurs communs (Labroides dimidiatus) en litige. Plage de Sabang, Puerto Galera (Mindoro oriental, Philippines)

Comportement territorial : labres nettoyeurs communs (Labroides dimidiatus) en litige. Plage de Sabang, Puerto Galera (Mindoro oriental, Philippines). © Photo12/imageBROKER/SeaTops

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Une étude récente accrédite l’idée que le labre nettoyeur, un petit poisson social, serait capable de se reconnaître dans un miroir. Si un tel phénomène est avéré chez plusieurs mammifères autres qu’humains (singes, dauphins…), il ne faut pas en tirer de conclusions hâtives sur la cognition animale pour autant. Explication avec l’éthologue néerlandais Frans de Waal.

 

C’est au psychologue américain Gordon Gallup que l’on doit le test du miroir, inventé dans les années 1970. Le dispositif est apparemment simple : une tache de couleur est placée sur le front de l’animal étudié ; puis celui-ci est placé devant un miroir. S’il essaie d’effacer la tache sur son propre corps, il réussit le test, ce qui prouve sa conscience de lui-même. Le test se déroule en général en plusieurs étapes, pour familiariser la bête avec le miroir (et éviter la réaction spontanée d’agression).

L’expérience a été reproduite avec succès chez le poisson appelé « labre nettoyeur » (Labroides dimidiatus), par une équipe du biologiste Masanori Kohda. Plusieurs tests de contrôles ont été ajoutés dans le cas du labre. Deux groupes marqués ont été ainsi placés face à face… sans déclencher aucune réaction de grattage. Signe manifeste que le poisson distingue l’image spéculaire de ses autres congénères.

Difficultés d’interprétation

Le test du miroir, apparemment réussi par le labre, est-il une preuve suffisante que le petit poisson est doté d’une conscience de lui-même ? Pas certain, nuançait l’éthologue néerlandais Frans de Waal dans un article réagissant à une expérience similaire menée en 2019 sur le même animal. « Les réactions spontanées du labre nettoyeur au miroir sont difficiles à interpréter. » Son comportement, sans doute, est inhabituel. Il est manifeste qu’il « s’oriente devant le miroir de manière à pouvoir potentiellement voir le côté marqué de son corps ». Il apparaît, aussi, que « les poissons ont montré des taux élevés d’auto-grattage sur un substrat, en particulier de grattage de la gorge après avoir été marqués à la gorge », alors qu’« ils ne présentent pas ce comportement après avoir reçu une marque invisible ou en l’absence de miroir ».

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