La politique des sardines
Elles sont “serrées comme dans une boîte”. Elles, ce sont les “sardines”, ces Italiens qui se regroupent en masse sur les places à Milan, à Florence, à Naples… De 35 000 personnes (selon la préfecture de police) à 100 000 personnes (selon les organisateurs) se seraient ainsi retrouvées en silence, samedi 14 décembre, devant la basilique Saint-Jean-de-Latran, à Rome.
Le mouvement est né à Bologne un mois plus tôt, le 14 novembre. Ce jour-là, quatre trentenaires appelaient sur Facebook à manifester sur la piazza Maggiore, pour protester contre la venue de Matteo Salvini, le président de la Ligue, qui devait tenir un important meeting dans un palais des sports, le PalaDozza.
Contre les idées d’extrême droite et, plus généralement, l’invective en politique, plus de 15 000 personnes se sont regroupées, remplissant l’objectif initial : dépasser la capacité d’accueil du lieu (5 750 places) en se serrant sur cette place… comme des sardines.
Sur leur page Facebook – “6000 sardines” –, le mouvement appelle à la modération : “pas de drapeau, pas de parti, par d’insulte”. Comme le rappelle le philosophe Philippe Raynaud, auteur de La Politesse des Lumières (Gallimard, 2013), “pour qu’il y ait autonomie, il faut qu’il y ait un espace civil dans lequel les sujets sont capables de limiter leurs prétentions. La première fonction de la civilité est de permettre à la sociabilité de se développer. Cela permet de réduire la violence tout en évitant que les relations humaines ne soient entièrement réglées par le formalisme juridique. Pour les philosophes contractualistes du XVIIe siècle comme Hobbes ou même comme Locke, la coexistence d’individus égaux débouche nécessairement sur le conflit et la violence : seule l’apparition d’un pouvoir qui impose à tous des règles explicites nous sort de la guerre de tous contre tous. Au contraire, pour les philosophes des Lumières du XVIIIe siècle, tels Hume et Montesquieu, la civilité est un moyen de pacifier les relations qui fait confiance dans la sociabilité et la sympathie naturelle entre les hommes.”
En Italie, un mouvement entend déjà porter la riposte souverainiste, en réunissant les partisans de la droite, prêts à soutenir une coalition avec la Ligue : les “pingouins”, prédateurs des sardines. La victoire de Hobbes contre Montesquieu ?