Économie
La société sans cash, ou la dictature du Bien ?
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 103 de Philosophie magazine « Comment surmonter ses échecs ? », en kiosque le 22 septembre 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les billets et les pièces ont presque disparu en Suède, et cette évolution rapide semble inspirer l’Union européenne. Un pas de plus vers l’encadrement des comportements ?
C’est à Stockholm, en 1661, que le banquier hollandais Johan Palmstruch a émis le premier billet de banque d’Europe. En 2016, la Sveriges Riksbank, plus ancienne banque centrale du monde, a pris les devants d’une autre innovation : par un tour ironique de l’Histoire, la Suède est le premier pays s’apprêtant à mettre fin à l’usage des pièces et billets.
À l’heure actuelle, les paiements en liquide représentent moins de 2 % du total des transactions du pays. Cette proportion pourrait tomber à 0,5 % d’ici 2020, avant éradication totale du cash en 2030. Concrètement, les règlements se font soit par carte, soit via une application sur smartphone, Swish, utilisée par 4,5 millions de Suédois, la moitié de la population. Cela a diverses conséquences sur le quotidien : 900 des 1 600 agences bancaires du pays n’ont pas d’espèces du tout ; les fourgons blindés se font rares et les braquages quasi inexistants ; la plupart des services publics, comme les transports en commun ou les musées, ont banni la monnaie ; nombre de commerçants refusent l’argent sonnant et trébuchant. Quant à la manche, elle se fait là aussi via Swish : les musiciens du métro et les clochards posent leur numéro sur une pancarte, les passants leur montrent qu’ils leur ont fait un don en leur brandissant sous le nez l’écran de leur portable où s’affiche la confirmation du virement.