Dossier/Peut-on changer de logique ?
La tête allant vers…
© photo by Deston Isas, edit by Irie Wata.
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 153 de Philosophie magazine « Peut-on changer de logique ? », en kiosque le 23 septembre 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Tout est en train de bouger dans notre rapport au travail, à l’environnement, à la sexualité et au genre. Des manières radicalement neuves de voir les choses prennent corps. Mais sommes-nous prêts à payer le prix pour changer de perspective, c’est-à-dire à affronter le vertige ?
Le changement, cela fait tellement longtemps que les politiques ou les communicants en parlent que personne n’y croit plus vraiment. Mais nous sentons que, depuis quelques mois, il se passe quelque chose. La pandémie nous a plongés dans un monde inédit, et que nous habitons quand même. Il y a deux ans, celui qui vous aurait parlé de confinement, de couvre-feu, d’obligation de porter un masque dans la rue, de passe sanitaire pour aller au cinéma ou au restaurant, de mutations incessantes d’un virus, serait sans doute passé pour un illuminé. Mais voilà : tout a changé dans nos vies. Et, simultanément, des choses ont bougé dans nos têtes. « L’ancien monde », formule politicienne, a pris une épaisseur plus prégnante que celle d’un slogan. La preuve : du point de vue économique, avec le « quoi qu’il en coûte » macronien, ce qui était considéré comme absolument interdit a soudain été touché d’un coup de baguette magique, et la dépense sans provision est devenue, presque le plus naturellement du monde, la norme.
L’expérience sans fin de la pandémie a par ailleurs incité nombre d’entre nous à changer de logique de vie. Les contraintes du confinement et du télétravail ont modifié notre vision. Et si l’on changeait de rapport au travail – en n’ayant plus tellement envie d’y revenir ou avec l’intention de transformer sa manière de travailler ? Pourquoi ne pas rester à la campagne ou partir y vivre ? Au fond, pourquoi ne pas profiter de ce changement collectif traumatisant pour adopter une autre manière de penser et d’exister ? Le « tout est possible » de la pandémie rejaillit sur nos vies personnelles. À ce titre, la probabilité de la maladie et de la mort de nos proches ou de nous-mêmes nous fait forcément réfléchir à l’urgence de nous poser certaines questions et de conduire des transformations réelles.
Un monde en ébullition
Pourtant, le Covid-19 n’est que la secousse la plus brutale d’un tremblement de terre global qui nous secoue depuis quelques années. Ce qui nous semblait impensable dans nos catégories mentales habituelles devient possible. Pour beaucoup d’entre nous, par exemple, tout travail mérite salaire, et tout salaire doit être le fruit d’un travail. Mais voici qu’a surgi la proposition d’un revenu universel versé sans condition et utilisé à discrétion. Cette idée, d’abord jugée farfelue, a gagné en crédibilité. Elle est soutenue par des économistes et des politiques de gauche comme de droite. Elle a été expérimentée dans plusieurs pays, avant sans doute d’être prochainement testée en France.