La revue de presse des idées

La transidentité en débat

Temps de lecture : 3 min

La transidentité en débat

©iStockphoto

Philomag vous propose chaque semaine une sélection d’articles parus dans la presse française et étrangère, rassemblés autour d’une thématique commune. Des articles qui nous ont surpris, questionné, dérangé. L’occasion de découvrir de nouveaux points de vue sur le monde et les événements qui font l’actualité. 

Cette semaine : la transidentité qui, si elle concerne une minorité, occupe une place croissante dans le débat public. Et suscite bien des conflit au sein des mouvements féministes. 

Mary Harrington : “La campagne politique pour les droits des trans ressemble moins au mouvement de droits civiques qu’à la déréglementation financière”

Dans l’hebdomadaire politique britannique The Spectator, l’essayiste Mary Harrington – qui se définit elle-même, pour donner d’emblée le ton, comme « féministe réactionnaire » – lance une charge sans concession contre la déconstruction du genre. Ce qu’elle nomme notre fétichisation de la transidentité est, à ses yeux, le signe éclatant de notre hubris démesuré, de notre oubli de la nature. Désormais, « le progrès signifie libérer les individus des chaînes de la nature arbitraire du sexe biologique. […] Donner la priorité légale à l’identité sur la biologie dépouille de protection institutionnelle la croyance, déjà affaiblie, que les humains ont une “nature” ». Harrington y voit un danger considérable : « Si nous voyons la biologie comme entièrement plastique, sans norme, les chimères humain/animal ne sont plus perçues comme monstrueuses mais passionnantes et riches de potentiel. » L’essayiste force le trait pour mieux alerter sur le risque d’une dérégulation : « Comme ce fut le cas pour la finance à l’époque de Reagan, la déréglementation de la nature humaine est dans l’intérêt des élites. »

Judith Butler : “Le mouvement anti-gender est à la fois antiféministe, homophobe et transphobe”

S’il n’est pas une réponse directe à Harrington, l’entretien accordé au Guardian par Judith Butler (interviewée par l’historienne Jules Joanne Gleeson), prend le contrepied total : « Nous devrions considérer le genre comme quelque chose qui est imposé à la naissance, par le biais de l’assignation sexuelle », et qui est négocié tout au long de la vie. Et non comme une norme sacralisée qui émanerait de la nature, de la biologie. Butler invite ainsi « élargir la catégorie de femme pour y inclure les femmes trans ». Et s’en prend aux féministes qui refuse d’accepter ces dernières dans les mouvements de luttes – les Terfs (trans-exclusionary radical feminists). « Les Terfs ne feront pas partie de la lutte contemporaine contre le fascisme, qui nécessite une coalition […] consciente du nombre considérable de féminicides dans le monde – ce qui inclut [les] attaques contre les personnes trans et queer. » Le passage n’est, à vrai dire, resté en ligne que quelques heures : il a finalement été supprimé. Censuré, dénoncent les milieux transféministes.

Shon Faye : “Les modifications corporelles et les transitions médicales devraient être vues comme une forme d’accomplissement et non de traitement”

Depuis l’ouvrage fondateur de Butler, Trouble dans le genre (1990), les gender studies ont largement essaimé dans l’espace intellectuel. La jeune militante Shon Faye vient, ainsi, de faire paraître The Transgender Issue: An Argument for Justice. Elle en explique les grandes lignes dans un entretien publié sur le site du magazine AnOther. Elle s’en prend notamment à une idée souvent avancée par les militantes Terfs : les femmes trans « renforceraient les stéréotypes de genre », plutôt que de les déconstruire. Pour Faye, l’accusation est absurde : « Les personnes cis – 99,4 % de la population – pourraient commencer ce travail de démantèlement. » Et ils n’en font rien, pour la plupart ! Pourquoi s’en prendre spécifiquement aux personnes trans, alors même qu’elles subissent déjà d’innombrables discriminations ?