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La tyrannie des lève-tôt : la chronique d”Anne-Sophie Moreau

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La tyrannie des lève-tôt : la chronique d”Anne-Sophie Moreau

©Kristijan Binski/istockphoto

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Cet article est issu du numéro 193 de Philosophie magazine « À quel moment je m'engage ? », en kiosque le 25 septembre 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Nous ne sommes pas tous égaux devant le sommeil. Mais pourquoi les amateurs de grasse matinée subissent-ils les diktats de la minorité qui se réveille dès potron-minet ?

 

Chaque matin, c’est un crève-cœur : je dois réveiller notre fille. Il est pourtant manifeste, à la voir se frotter les yeux et tituber en serrant son doudou, qu’elle a encore besoin de sommeil. Comme ses parents, notre progéniture fait manifestement partie des gros dormeurs. Quelle que soit l’heure à laquelle on la couche, elle se réveille environ treize heures plus tard, soit à 9 heures pour un coucher à 20 heures. Des horaires parfaitement normaux pour son âge – 2 ans –, si j’en crois les spécialistes. Une chance, d’après mes amis. Une malédiction, me dis-je, tant j’ai conscience des problèmes que cette « tare » héréditaire risque de lui causer.

En effet, nous vivons sous le joug des lève-tôt. Un régime tyrannique qui s’exerce dans tous les milieux, des ouvriers aux cadres sup’, et sabote la santé de ses plus jeunes sujets. De la crèche à l’entreprise, nous autres les lève-tard sommes forcés de nous mettre en ordre de marche dès l’aube, alors que notre rythme biologique nous impose de faire la grasse matinée. Car non, être d’attaque à 6 heures du matin n’est pas une question de volonté. D’après la neurologue Inge Declercq, 60 % des gens ont un sommeil classique, c’est-à-dire qu’ils dorment entre 23 heures et 7 heures environ, soit 8 heures de sommeil. Mais un quart de la population est composée de lève-tard, dont l’horloge interne les tient éveillés jusqu’à au moins minuit. Les lève-tôt, eux, ne représentent que 16 % de la population. Comment expliquer leur domination incontestée ? Partout s’exprime l’injonction à se lever tôt – et de plus en plus tôt. Sur LinkedIn pullulent les vidéos d’entrepreneurs qui détaillent leur morning routine – une série de tortures auto-infligées de 5 heures à 7 heures, parmi lesquelles un footing ou encore l’ingestion de jus de citron à jeun – comme s’il était crucial de s’arracher du lit pour devenir un bon soldat du capitalisme. 

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