Édito

L’âme collinaire

Temps de lecture : 3 min

129-Edito-Berberian

© Charles Berberian

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 129 de Philosophie magazine « À la recherche de l’esprit européen », en kiosque le 20 avril 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

S’il me fallait dire quel paysage naturel exprime le mieux l’atmosphère métaphysique de l’Europe, je choisirais sans aucun doute une mal-aimée, ou plutôt une négligée : la colline.

C’est que la colline est un juste milieu relatif à l’homme, entre la plaine et la montagne. Elle n’a pas la radicalité horizontale des steppes d’Asie centrale ni des grands espaces d’Amérique du Nord, qui ont pour effet d’agrandir le ciel et de ridiculiser la portée de nos pas. Elle n’a pas non plus l’agressivité verticale des glaciers de l’Himalaya, la beauté orgueilleuse et distante des scintillements de neige à la pointe du Kilimandjaro ou du mont Fuji, qui rétrécissent les dimensions de nos corps.

Tous les paysages formés d’une ligne – qu’il s’agisse du désert, de la toundra, du bord de mer, mais aussi des falaises, des gouffres – amènent celui qui les contemple à l’idée d’infini. Celle-ci entre en nous par effraction et malmène notre confort ; elle se moque de nos travaux et de nos peines, elle les relativise ou les écrase. Mais la colline, parce qu’elle est courbe, qu’elle esquisse une sphère sans jamais la refermer, nous ramène au contraire à la finitude, à l’inachevé, à ce dont la forme est aléatoire et malléable – en cela, elle nous ressemble. Elle ne nous cause pas le moindre désagrément, car son indécision, ses variations, sa manière d’esquisser un mouvement vers le haut pour retomber doucement sont à l’image de nos entreprises et de nos rêves.

Cet article est réservé aux abonnés