L’innovation

Le cerveau à la carte ?

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Le cerveau à la carte ?

© Google Research & Lichtman Lab (Harvard University). Renderings by D. Berger (Harvard University)

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Cet article est issu du numéro 181 de Philosophie magazine « Peut-on devenir meilleur ? et si oui, comment ? », en kiosque le 11 juillet 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

C’est une première mondiale ! Selon un essai paru dans la revue Science en mai, une équipe de chercheurs de l’université Harvard et de Google est parvenue à produire la carte la plus complète à ce jour d’une partie du cerveau humain. La modélisation restitue la totalité des 50 000 cellules nerveuses de l’échantillon étudié, ainsi que leurs millions d’interconnexions.

  • Le chiffre donne le tournis. Pourtant, il s’agit en fait d’une infime portion de l’encéphale humain : une biopsie de cortex temporal de seulement 1 millimètre cube. L’amas cellulaire a été découpé en 5 000 sections, puis chaque section a été scannée, avant qu’une intelligence artificielle de Google n’assemble toutes ces données.

  • L’objectif est désormais de cartographier de plus grandes régions de l’encéphale. Il s’agit pour cela de reconstituer numériquement un « connectome » – un ensemble de cellules connectées – de 10 millimètres cubes extrait de l’hippocampe, puis de scanner l’intégralité d’un cerveau de souris.

  • À quoi servent ces recherches ? À améliorer la compréhension du fonctionnement du cerveau, et in fine de l’esprit humain qui s’y adosse. Certains adeptes du « connexionisme » y voient même la clé de la création d’une intelligence artificielle générale. Avec cette approche matérialiste de l’esprit, la pensée est produite par l’interaction d’un très grand nombre d’éléments simples (les neurones) organisés en réseau. Peut-on résoudre ainsi l’énigme des rapports entre le corps et l’esprit ? Wittgenstein en douterait : « La raison principale qui nous incline à localiser la pensée dans le cerveau est sans doute que nous utilisons, concurremment avec les termes “pensée” ou “penser”, les termes “parler”, “écrire” qui décrivent une activité corporelle […]. Cependant, si nous utilisons l’expression “le cerveau est le siège de la pensée”, sachons bien qu’il s’agit là d’une hypothèse que seule l’observation de la pensée dans le cerveau serait à même de vérifier » (Cahier bleu) – ce qui paraît improbable. Nous observons en effet dans le cerveau des courants électriques, des phénomènes d’activation, mais y verrons-nous jamais la pensée elle-même ?