Le combat d’Edward Said par Tzvetan Todorov
Tzvetan Todorov à Porto Alegre en 2012 / (cc) Fronteiras do Pensamento
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Cet article est issu du numéro 4 de Philosophie magazine « 4 - oct./nov. 2006 », en kiosque le 28 septembre 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Dans son livre L’Orientalisme (1978), Edward Said ne cherchait pas, comme on l’a cru parfois, à réhabiliter un « Orient » qui aurait été maltraité dans le passé par l’« Occident ». Son but était plutôt de montrer que de telles notions ne correspondent à rien de précis dans le monde réel (on trouve en « Orient » une pluralité de traditions contradictoires), mais qu’elles sont produites pour des raisons propres à leurs utilisateurs. On ne s’étonnera donc pas de la réaction négative d’Edward Said à l’article publié quinze ans plus tard par Samuel Huntington, d’autant plus que celui-ci emprunte l’expression même de « choc des civilisations » à Bernard Lewis, l’un des orientalistes contemporains visés par Edward Said. Ses remarques critiques, dans le dernier chapitre de son livre Reflections on Exile (Harvard University Press), portent sur les deux termes de l’expression, « civilisation » et « choc ».
Edward Said
De mère palestinienne protestante et de père palestinien catholique, il émigre aux États-Unis en 1951 et enseigne la littérature comparée à l’université de Columbia (New York). Partisan d’un État binational israélo-palestinien, il a consacré sa vie à la recherche de la ligne imaginaire qui sépare l’Orient et l’Occident. Il meurt en 2004 à 69 ans. Parmi ses nombreux ouvrages traduits : L’Orientalisme (Seuil), Humanisme et Démocratie (Fayard), À contre-voie, Mémoires (Le Livre de poche), La Loi du plus fort, avec Noam Chomsky et Ramsey Clark (Le Serpent à plumes).