Plaisirs minuscules
Tzvetan Todorov à Porto Alegre en 2012 / (cc) Fronteiras do Pensamento
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Cet article est issu du numéro 35 de Philosophie magazine « 35 - hiver 2009 », en kiosque le 29 novembre 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Femmes, enfants et servantes remplacent les héros et les saints dans la peinture hollandaise du XVIIe siècle. En quatre tableaux exposés à la Pinacothèque de Paris en 2009-2010, le philosophe Tzvetan Todorov nous guide dans ces intérieurs où est célébré l’intime.
En 1619, Descartes s’enferme dans une chambre pour découvrir en lui-même les fondements de la vérité. Quelques années plus tard, Rembrandt entame, avec ses tableaux, une longue quête intérieure. Spinoza et Vermeer naissent la même année, en 1632. Le premier devient artisan, polissant des verres optiques ; le second représente des intérieurs calmes et mystérieux.
Selon Tzvetan Todorov, philosophe, auteur de La Signature humaine (Seuil) et d’un Éloge du quotidien : essai sur la peinture hollandaise du XVIIe siècle (« Point essais », Seuil), la pensée et l’art s’entrelacent au XVIIe siècle. La découverte par les peintres de la beauté du petit détail quotidien acquiert une signification métaphysique et morale portée par la philosophie de l’époque. La preuve en images avec l’exposition L’Âge d’or hollandais. De Rembrandt à Vermeer, jusqu’au 7 février 2010, à la Pinacothèque de Paris.
Prendre soin
Mère épouillant son enfant, de Peter de Hooch (vers 1659).
« Depuis la Renaissance, la peinture accorde la première place à la représentation d’épisodes tirés de l’histoire sainte chrétienne ou de la mythologie grecque et romaine. Les peintres hollandais, eux, innovent en se consacrant autant, sinon plus, à la représentation de scènes de la vie quotidienne. Ainsi, une mère cherchant des poux dans la chevelure de son enfant : un sujet inconcevable dans la peinture antérieure.
Pour autant, il ne s’agit pas du contraste entre tableaux allégoriques, illustrant une situation dont le sens est connu d’avance, et tableaux réalistes, qui se contentent de montrer ce que l’on voit. Les tableaux hollandais contiennent à leur tour une leçon, évidente pour le spectateur de l’époque, mais dont nous avons perdu les clés de déchiffrement. Ces peintures sont autant d’éloges ou de blâmes, d’exemples à imiter ou d’erreurs à éviter. La jeune mère figurée ici s’acquitte d’un devoir inscrit dans la morale de son temps : son rôle est de veiller à la santé et à l’éducation de ses enfants, ainsi qu’à la propreté de sa maison (la propreté des corps symbolise la pureté des âmes). Enlever les poux, comme faire briller les sols, est une action vertueuse.