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Le darwinisme sur tous les fronts
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Cet article est issu du numéro 26 de Philosophie magazine « 26 - février 2009 », en kiosque le 29 janvier 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Confirmés par la découverte de l’ADN et les progrès de la génétique, les travaux de Darwin continuent d’alimenter de vigoureux débats en politique – où la théorie de la sélection naturelle est brandie pour justifier la concurrence – ainsi qu’au sein de l’Église catholique.
Jean Gayon
« Darwin élabore sa théorie dans l’Angleterre du XIXe siècle où le capitalisme triomphe. Il applique à l’histoire naturelle des concepts économiques, comme les phénomènes de concurrence entre les organismes et/ou les espèces. Ces emprunts n’ont pas échappé aux philosophes : Marx et Engels voient dans le travail de Darwin une transposition dans les sciences naturelles de notions liées au capitalisme. Quant à Nietzsche, il ironise sur le caractère “petit-bourgeois” de la conception darwinienne de l’évolution, qui se produit par accumulation de variations avantageuses. Selon Nietzsche, Darwin ne ferait qu’exprimer la médiocrité des aspirations d’un peuple utilitariste !
Pourtant Darwin lui-même ne s’est guère avancé sur le terrain de l’économie. Ce qu’on appelle de manière équivoque le “darwinisme social” ne renvoie pas à son œuvre, mais à la philosophie de son contemporain Herbert Spencer (1820-1903). Pour celui-ci, puisque la concurrence est dans la nature un facteur de progrès, elle est aussi bonne pour la société humaine. Il en résulte une doctrine économique qui entend limiter l’intervention de l’État au profit d’un laisser-faire généralisé : les agents les moins aptes sont éliminés par les forces du marché. Darwin n’a pas pris position sur ces sujets, mais il est exagéré de dire qu’il serait totalement étranger au “darwinisme social”, comme l’ont fait certains auteurs. En effet, dans sa correspondance avec le juriste suisse Henrich Fick, il critique les garanties syndicales, car elles annulent la concurrence entre les travailleurs !