Le Mal propre
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 78 de Philosophie magazine « 78 - avril 2014 », en kiosque le 27 mars 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« J’ai inventé cette expression comme un jeu de mots. Je suis parti des conduites animales, le chien qui pisse pour délimiter son territoire, ou le rossignol qui chante pour préserver son nid : ils protègent leur niche par une production du corps, en général une déjection. Donc c’est le sale qui dessine la propriété. Le sale, c’est le propre ; polluer, c’est s’approprier ; le Mal propre, c’est l’inverse du bien commun. Cette photo montre à l’évidence que Monsieur BP, en y déversant son pétrole, a voulu s’approprier la mer. Il faut donc, pour lutter contre la pollution, poser au centre la question de la propriété. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai parlé de “Contrat naturel” : faire de la Terre un sujet de droit. Le droit n’a cessé d’évoluer : dans l’Antiquité, les enfants, les femmes, les esclaves, les étrangers… étaient exclus du droit ; aujourd’hui, tout être humain est sujet de droit. Pourquoi pas dès lors élargir aux objets, aux plantes, aux autres vivants, cette notion de sujet de droit ? Dire qu’un environnement naturel peut porter plainte en justice ? En fait, ça marche : il est recevable aujourd’hui que, par exemple, le parc naturel de Yellowstone se porte partie civile au nom de la Nature. Je suis content d’avoir ouvert cette porte. La Nature est entrée dans l’histoire humaine, ouf, ce n’est pas trop tôt ! »