Cinéma
“Le Molière imaginaire” : le Mystère malgré lui
Le Molière imaginaire, d’Olivier Py, avec Laurent Lafitte, Stacy Martin. © Memento distribution.
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Cet article est issu du numéro 177 de Philosophie magazine « Que peut-on opposer à la violence ? », en kiosque le 15 février 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le nouveau film d’Olivier Py retrace la dernière nuit du plus célèbre – et du plus méconnu – des auteurs de théâtre français, en jouant sur l'esprit de troupe plutôt que sur la glorification du génie solitaire.
« Le goût de bien des lecteurs pour les choses frivoles, et l’envie de faire un volume de ce qui ne devrait remplir que peu de pages, sont cause que l’histoire des hommes célèbres est presque toujours gâtée par des détails inutiles et des contes populaires aussi faux qu’insipides », écrit Voltaire en préambule de sa Vie de Molière, en 1739. Parmi ces contes populaires, on relève : Molière aurait été le prête-nom de Corneille (hypothèse répandue par le romancier Pierre Louÿs que de récentes études en linguistique démentent) et il serait mort sur scène en jouant Le Malade imaginaire. Cette dernière nuit auréolée de mystère – à l’instar de sa vie, d’ailleurs – a intéressé Olivier Py. Le dramaturge en fait la matière d’une rêverie de cinéma. Filmé en plan-séquence dans un magnifique décor reconstituant l’étroitesse du Théâtre du Palais-Royal, éclairé à la bougie, son Molière imaginaire regorge de détails loin d’être insipides, n’en déplaise à Voltaire ! Car à travers eux, à travers la vision de l’activité incessante dans les coulisses et dans la salle, où le public discute, s’épie et vit plus qu’il n’écoute, à travers le portrait de son épouse Armande Béjart, de son intime Michel Baron (Bertrand de Roffignac), de son ami Chapelle (Jean-Damien Barbin), et plus généralement des membres de la compagnie, il donne vie, en creux, au plus illustre de nos inconnus célèbres (qu’incarne, alerte, Laurent Lafitte). Il décrit surtout un esprit de troupe, qui n’a rien du génie solitaire, ainsi qu’un art dramatique dont le premier ressort reste le désir.