Hors-série "Foucault. Le courage d’être soi"

"Le Noir et la Surface" : Manet vu par Foucault

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Cet article est issu du Hors-série n°N° 36 de Philosophie magazine « Foucault. Le courage d’être soi », en kiosque le 21 décembre 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour Foucault, Manet, auquel il voulait consacrer un livre, préfigure l’art moderne affranchi de la représentation. L’auteur du Déjeuner sur l’herbe lui apparaît comme un héritier des cyniques de l’Antiquité, par sa transgression des codes esthétiques et sa volonté de révéler la vérité nue de l’existence.

 

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Le Noir et la Surface : tel est le titre d’un livre que Foucault comptait consacrer à Manet. Entamé en 1966, l’ouvrage ne verra jamais le jour. Il subsiste néanmoins des traces de son intérêt pour le peintre, notamment un ensemble de notes manuscrites et la transcription d’une conférence prononcée en 1971, au cours de laquelle Foucault commente des toiles de l’artiste 1. Quelle est son interprétation générale ? Manet est habituellement présenté comme un précurseur de l’impressionnisme ; pour Foucault, cette lecture n’est pas fausse, mais réductrice.

La révolution est plus profonde : « ce que Manet a rendu possible, c’est toute la peinture d’après l’impressionnisme, c’est toute la peinture du XXe siècle » (« La peinture de Manet »). Avec Vélasquez, d’après Les Mots et les Choses, on entre dans l’ère de la représentation ; avec Manet, on commence à en sortir. Il invente en effet le « tableau-objet » : le sujet représenté a moins d’importance que la toile en tant que réalité matérielle, avec ses dimensions, son espace, sa matérialité spécifiques. Si Manet est si décisif aux yeux de Foucault, c’est qu’il fait basculer la peinture du côté de l’ordre et de l’éclat de sa propre surface. 

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