Le puritanisme du Vrai

Temps de lecture : 4 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 24 de Philosophie magazine « 24 - novembre 2008 », en kiosque le 30 octobre 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La quête de la vérité irrigue toute la société outre-Atlantique. Le vrai, idéal à la fois scientifique et éthique, sous-tend une certaine approche de la connaissance et de l’action. Cette exigence n’est-elle pas préférable au scepticisme généralisé prôné par les Européens ?

C’est une banalité que de dire que les Américains ont un fond puritain. Depuis La Lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne –  premier roman de la littérature américaine, dont le personnage central est une femme frappée d’infamie, condamnée à porter un A sur la poitrine pour « adultère » – jusqu’au procès en impeachment de Bill Clinton, une même obsession pour le mensonge et le sexe se manifeste, y compris et surtout quand les interdits sont transgressés. Mais le puritanisme n’est pas seulement une attitude morale et politique qui, comme l’ont soutenu respectivement Alexis de Tocqueville et Max Weber, est étroitement associée à la démocratie et aux origines du capitalisme. C’est aussi une attitude intellectuelle de respect de la vérité. Cette attitude, comme l’a montré le sociologue Robert Merton, a joué un rôle moteur dans la naissance de la science anglaise au XVIIe siècle. Elle explique en partie le culte que les Américains vouent à la science. Si, en philosophie, le positivisme logique a pu avoir tant d’influence aux États-Unis, il est probable que c’est dû à cette sorte de foi naïve qu’ont les Américains en la vérité, qui n’est pas moins forte dans le domaine scientifique que dans le domaine religieux (même le créationnisme, cette doctrine délirante qui conteste la théorie de l’évolution des espèces de Darwin, se présente comme une doctrine scientifique).

Cet article est réservé aux abonnés