Généalogie d’une notion
Le puritanisme, une tradition bien américaine
À bord du “Mayflower” en 1620, les Pères fondateurs signent un pacte sur la fondation d’une communauté puritaine avant de débarquer à Cap Cod. Gravure sur acier d’après peinture, XIXe siècle. © Akg-images
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Le puritanisme fait-il un retour en force ? La remise en question du droit à l’avortement par les très conservateurs juges de la Cour suprême américaine réactive douloureusement ce vieux mot. Dans le même temps, certains accusent les nouveaux militants féministes et antiracistes de se comporter en « new puritans », en « nouveaux puritains » reconduisant l’ancienne sévérité disciplinaire des premiers pionniers. Pour tirer cela au clair, voici l’histoire de ce courant.
D’où vient le puritanisme ? C’est un courant religieux issu de la Réforme protestante qui se développe en Angleterre et en Écosse à partir du XVIe siècle. Dans les écrits de l’époque, comme ceux du poète français Ronsard, elle est décrite comme une « secte de la religion réformée d’Angleterre ». Soucieux de soustraire leur Église de l’influence romaine, d’en purifier avec radicalité les moeurs, la liturgie et les coutumes, les puritains s’agacent de la tiédeur de la « via media » (« voie moyenne ») théorisée par l’église anglicane, qui devient la théologie officielle du royaume d’Angleterre. Les rois Jacques Ier (c’est-à-dire James Stuart, 1566-1625) et Charles Ier (1600-1649), très intransigeants à l’égard des opposants à l’anglicanisme, répriment férocement les puritains et les poussent à l’exil. Ces derniers partent en masse s’installer dans les actuels États-Unis, avec l’idée d’y former des communautés religieuses conformes aux purs principes de la Réforme protestante.
“La religion et non le gain”
Le puritanisme, qui se divise plus tard en de multiples églises, presbytériennes, méthodistes, baptistes, etc., est le terreau religieux sur lequel s’est construite la nation américaine – avec sa devise « In God We Trust ». On réduit souvent les États-Unis à leur pragmatisme ou à leur célébration de la réussite matérielle. Mais l’histoire des premiers colons de la Nouvelle-Angleterre, tels que les décrit Alexis de Tocqueville dans De la démocratie en Amérique (1835-40), témoigne d’un fondement plutôt religieux. Le penseur français retrouve un sermon prononcé en 1663 par un puritain : « Il faut que la Nouvelle-Angleterre se rappelle sans cesse qu’elle a été fondée dans un but de religion et non dans un but de commerce. On lit sur son front qu’elle a fait profession de pureté en matière de doctrine et de discipline. Que les commerçants et tous ceux qui sont occupés à placer denier sur denier se souviennent donc que c’est la religion et non le gain qui a été l’objet de la fondation de ces colonies. »