Théologie
Le sens du ramadan
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Une journée particulière pour les musulmans du monde entier : le ramadan débute ce soir et s’achèvera le 13 mai prochain. Quel est le rôle de cette diète annuelle, qui est aussi l’un des cinq piliers de l’islam ? Réponse avec le théologien Al-Ghazālī (1058-1111), l’un des plus importants théologiens musulmans, qui fut l’adversaire pugnace des philosophes trop prompts, d’après lui, à valoriser la raison à l’égal de la foi. Pour lui, le ramadan vise en dernière instance le détachement à l’égard du monde et l’ouverture à Dieu. Prêts pour un voyage mystique ?
Le théologien Abu Hamid Mohammed ibn Mohammed al-Ghazālī (parfois nommé en Occident Algazel) a longuement écrit sur le ramadan, dans Les Secrets du jeûne en islam en particulier, dont il distingue trois sens, trois pratiques bien distinctes :
- Le ramadan des gens ordinaires : « Celui-ci consiste à empêcher l’estomac et les parties intimes de satisfaire leurs désirs. » Surmonter la faim et renoncer à la sexualité : échapper, en somme, aux instincts les plus biologiques – la préservation de soi et la perpétuation de l’espèce -, s'affranchir des besoins vitaux et désirs animaux.
- Le ramadan des élus : « Le jeûne des élus consiste à garder l’ouïe, la vue, la langue, les mains, les pieds et tous les autres membres du corps exempts de péché. » Il s’agit, en somme, de résister au mal sous toutes ses formes par une hygiène, une purge, une discipline de nos différentes voies d’accès au monde et à autrui, qui sont autant d’occasions de pécher.
- Le ramadan des élus parmi les élus : « Le jeûne des élus parmi les élus passe par le cœur ; il faut jeûner des préoccupations du monde et des pensées mondaines, et s’abstenir complètement de penser à autre chose que Dieu. » Ce plus haut degré du ramadan consiste donc à « se détourner de ce qui est autre que Dieu […] et d’être complètement enveloppé par le sens de ses paroles. » Il n’est plus seulement question de discipliner notre vie terrestre, mais de nous détacher, le plus possible, de celle-ci, car toutes nos préoccupations ici-bas, mêmes bonnes, forment un obstacle à la relation au divin.
Sous ces trois formes, le ramadan est pour Al-Ghazālī un effort de purification de soi. Il s’agit de s’affranchir de tout ce qui détourne d’une compréhension authentique de soi-même, de tout ce qui, nous transportant vers l’extérieur, empêche la personne de se recueillir en elle-même. En se dépouillant de ce qui l’attache à la vie terrestre, le jeûneur (re)découvre qu’il est peu de choses par rapport à l’infini de Dieu, dont il est la créature.
Le ramadan est donc, en même temps, un retour à soi et un dépassement à soi, puisqu’il débouche sur le divin. Ce sacrifice d’autant plus exigeant qu’il est affaire de foi, laquelle n’est jamais pleinement assuré. « Le cœur de celui qui rompt le jeûne reste en suspens, entre la peur et l’espoir, car il ne sait pas si son jeûne a été accepté […] ou rejeté » par Dieu.