Revue de presse

Législatives : de la crise de la démocratie à la France ingouvernable ?

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Législatives : de la crise de la démocratie à la France ingouvernable ?

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Philomag vous propose chaque semaine une sélection d’articles parus dans la presse française et étrangère, rassemblés autour d’une thématique commune. Des articles qui nous ont surpris, questionnés, dérangés. L’occasion de découvrir de nouveaux points de vue sur le monde et les événements qui font l’actualité.

Cette semaine, une question : quels enseignements tirer du résultat des élections législatives de dimanche dernier ? La composition inédite de l’Assemblée, qui n’accorde pas la majorité absolue au parti du président, oblige à repenser, en amont, les fonctionnements de la Ve République, et à réinventer, en aval, la manière d’appréhender le travail législatif et son lot de compromis. Éclairage en trois articles.

 

Raphaël Llorca : “Les formes de contestation ont évolué, mais la crise de gouvernabilité est la même”

« Ingouvernable » : le mot est sur toutes les lèvres depuis le second tour des élection législatives. Comment Emmanuel Macron va-t-il présider sans majorité ? Comment pourra-t-il former un gouvernement ? Dans L’Opinion, le philosophe Raphaël Llorca déplace la question : « Prenons au sérieux la fonction symbolique de l’Assemblée nationale qui, en tant qu’expression de la représentation nationale, est censée se faire le reflet de la société : si l’Assemblée est ingouvernable, n’est-ce pas parce que c’est la société tout entière qui l’est devenue ? » De son point de vue, « Emmanuel Macron n’est pas le seul à être confronté à une Assemblée “ingouvernable”. […] C’est aussi le cas de tous les parents, professeurs et dirigeants d’entreprise aujourd’hui. »

 

Pierre-Henri Tavoillot : “Macron a des arguments à faire valoir”

Ne pas dramatiser la situation : c’est ce que martèle Pierre-Henri Tavoillot dans un entretien accordé au Point. « Le ton catastrophiste me frappe. » Si la composition de la nouvelle Assemblée pose des difficultés pour gouverner, on peut aussi la voir comme une « chance à saisir ». À condition d’apprendre à « négocier sur des sujets où des alliances à géométrie variable peuvent se créer. » Pour le philosophe, « l’hypothèse optimiste nous porterait à croire qu’on va enfin s’intéresser à ce qu’il s’y passe parce que cela sera plus intéressant. Bien sûr, il y aura des députés calamiteux, mais c’est l’occasion de mener enfin des débats, de renoncer à des lois partisanes, qui ne passeront plus, d’en venir à des diagnostics partagés, à des lois co-rédigées, dans les cas où certains jouent le jeu. On comprendra aussi qu’il n’est pas nécessaire de faire des lois sur tout » comme c’était le cas jusqu’à présent, en période de majorité absolue.

 

Jean-Fabien Spitz : “Si vous appelez à voter pour la République, il faut mener une politique républicaine […] qui défend les services publics, une politique d’égalité sociale, une politique qui ne précarise pas la vie des gens”

Le résultat des législatives est un symptôme de la « crise de la démocratie », analyse le philosophe Jean-Fabien Spitz dans un entretien pour La Croix. Cette crise est liée à plusieurs facteurs. Un « événement fondateur », d’abord : le « référendum de 2005, lorsque les électeurs ont rejeté le traité constitutionnel européen (TCE) et qu’il leur a été malgré tout imposé ». « L’autre source majeure de la crise de la démocratie, ce sont les institutions. L’élection présidentielle de la Ve République aboutit finalement à voter “contre” plutôt que “pour”, et c’est une aberration. » Ces deux éléments combinés ont conduit à une « stérilisation » du débat : « On n’était pas dans une tyrannie de la majorité, parce que le président de la République n’a jamais réuni autour de son nom une majorité du corps électoral. On a plutôt été dans une tyrannie de la minorité, grâce à des institutions qui la rendent possible. Cet exercice monopoliste du pouvoir crée de la désaffection démocratique », qui est une réelle menace. En témoignent les scores historiques de l’extrême droite. L’appel au barrage ne suffira pas, s’il ne s’accompagne pas d’une véritable politique attentive aux besoins des citoyens.

 

Et aussi…

Sur Europe 1, le philosophe Pierre Manent considérait que « l’impasse, la difficulté dans laquelle se trouve le président est aussi l’impasse des autres forces politiques » : « Représenter le malaise, répercuter le malheur français, ce n’est pas se préparer à gouverner ! » Nous manquons cruellement de vrai « projet politique ». De son côté, sur la même chaîne, Michel Onfray dénonçait le fonctionnement aberrant des institutions : « La Ve République devrait forcer Macron à démissionner ou à changer de Premier ministre ». Et d’ajouter, offensif : « D’un point de vue institutionnel, ce sont des coups d’État qui s’enchaînent en permanence ». De son côté, sur CNews, Bernard-Henri Lévy dénonçait, sans faire dans la nuance, la montée des extrêmes : « Le RN et LFI sont des blocs extrêmes, jumeaux à bien des égards. […] Ce sont les deux visages de la France, rance, qui n’aime pas la France, ne s’aime pas elle-même et qui tourne le dos à ce qu’elle a de grand. »

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