Éthologie

Les animaux sont-ils eux aussi capables d’apprendre et de transmettre ?

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Les animaux sont-ils eux aussi capables d’apprendre et de transmettre ?

Mère guépard (“Acinonyx jubatus”) apprenant à ses petits à chasser de jeunes gazelles de Thomson (“Gazella thomsoni”), Réserve nationale du Masaï Mara, Kenya. © Richard Du Toit/Minden Pictures/Biosphoto

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« Les abeilles et les chimpanzés apprennent des autres ce qu’ils ne peuvent apprendre seuls » : telles sont les conclusions d’une étude récente. La transmission d’une culture ne serait donc pas seulement l’affaire de l’espèce humaine ? Des mésanges aux chimpanzés en passant par les léopards, parcours des témoignages attestant des pratiques d’apprentissage et de transmission dans le monde animal. 


Nous n’avons pas le monopole de la culture…

La transmission de savoirs, de techniques, de pratiques, bref, d’une culture est-elle le propre de l’être humain ? C’est certainement la vision qui a prédominé pendant des siècles d’histoire. Jean Rostand l’exprime en ces termes dans ses Pensées d’un biologiste (1939, rééd. 1954) : « Le biologique ignore le culturel. De tout ce que l’homme a appris, éprouvé, ressenti au long des siècles, rien ne s’est déposé dans son organisme […] Chaque génération doit refaire tout l’apprentissage […] De jeunes fourmis isolées de la fourmilière refont d’emblée une fourmilière parfaite. Mais de jeunes humains séparés de l’humanité ne pourraient reprendre qu’à la base l’édification de la cité humaine. La civilisation fourmi est inscrite dans les réflexes de l’insecte. » Tout ce que l’animal – ici l’insecte – possède, il le reçoit de manière innée de l’instinct, de la nature. Au contraire, l’homme doit acquérir la culture de ses ancêtres par l’intermédiaire des autres membres du groupe qui le précèdent. Eux doivent éduquer, lui doit apprendre.

Depuis désormais plusieurs décennies, cette vision binaire est remise en cause. Elle repose au fond sur une image de l’évolution qui, centrée sur la compétition entre les individus, fait fort peu de place à des formes de solidarité nécessaires pour que se déploient des formes « sociales » d’apprentissage. Que l’animal soit doté d’une mémoire et puisse apprendre des choses de son expérience propre, on l’admet sans doute volontiers. Qu’il puisse apprendre du groupe auquel il appartient, c’en est une autre. Pourtant, les indices ne manquent pas. Dès 1949, James Fisher et Robert Hinde détaillent, dans « The opening of milk bottles by birds » (« Comment les oiseaux ouvrent les bouteilles de lait »), cette intrigante histoire : dans les années 1947, des mésanges bleues de Londres manifestent la capacité à percer l’opercule d’aluminium des bouteilles de lait. Comment l’ont-elles appris ? Difficile à dire. Une chose est sûre : le phénomène est attesté dans plusieurs autres villes du sud de l’Angleterre. Certains rouges-gorges ont acquis les mêmes capacités, mais cette aptitude ne s’est pas diffusée car, contrairement à la mésange, le rouge-gorge n’est pas un animal social. Autre exemple fondateur, celui des macaques apprivoisés (Macaca fuscata) de la presqu’île de Koshima (Japon), étudiés dans les années 1950 par Shunzo Kawamura, Masao Kawai et Kinji Imanishi. En 1953, une première femelle « a l’idée » de laver une patate douce dans l’eau pour enlever le sable avant de la consommer. Quelques années plus tard, son entourage a adopté le même comportement.

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