Cinéma
“Les Oiseaux”, “Certains l’aiment chaud”… La manipulation hollywoodienne en cinq films cultes décryptés par Hélène Frappat
Tippi Hedren dans le film “Les Oiseaux”, d’Alfred Hitchcock (1963). © AF Archives/Mary Evans/Aurimages – © Universal pictures
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Mentir, manipuler, transformer… C’est ce que font tous les cinéastes et c’est ce qui fait la beauté du cinéma. Sauf quand l’illusion est mise au service d’une violence réelle. La philosophe, écrivaine et critique de cinéma Hélène Frappat nous plonge au cœur de l’illusion hollywoodienne, parfois délétère, parfois virtuose et salutaire.
“Les Oiseaux”, d’Alfred Hitchcock (1963) : la manipulation punitive
Quand Hitchcock ment à son actrice
« Dans cette scène, l’héroïne du film, Melanie, s’enferme au grenier pour échapper à une nuée d’oiseaux tueurs, d’une violence et d’une voracité absolue. Hitchcock avait dit à l’actrice Tippi Hedren (qui incarne Melanie) que les oiseaux seraient mécaniques. Or, sans la prévenir, il lui balance ici des milliers de vrais oiseaux naturels – corbeaux, colombes, pigeons… – qui vont manquer de la tuer. Au cours du tournage, elle a failli avoir l’œil gauche crevé à deux reprises. Le maquilleur de l’équipe a dû passer des heures et des heures à enlever chaque petit éclat de verre incrusté sur la peau de son visage et autour de ses yeux. Toute l’ironie tragique de ce tournage, c’est que ces oiseaux sont incroyablement bien traités par une société de protection animale qui leur garantit des horaires de travail décentes et une bonne nourriture afin qu’ils ne soient pas surmenés. À l’inverse, Tippi Hedren est tellement éprouvée par le tournage qu’elle perdra connaissance dans un évanouissement proche du coma.
“Quand Hitchcock tourne ce film, il souhaite punir son actrice, Tippi Hedren, pour s’être refusée à lui”
Les oiseaux auraient dû être faux. Le cinéma n’est que de l’artifice. Dans un film d’horreur, aussi effrayant soit-il, les acteurs n’ont pas à être réellement effrayés, martyrisés, pour tourner la scène. Or Hitchcock attend dans cette scène une peur réelle de son actrice. Ce faisant, il nous fait basculer du film au snuff movie, à savoir un film mettant en scène des meurtres, de la torture ou des violences réellement infligées aux acteurs. Cette façon de faire n’est pas propre à son style, à sa manière de faire du cinéma. Normalement, il a une façon très picturale d’envisager le cinéma, qui passe par le story-board. Il est très loin d’une volonté d’hypernaturalisme ou de véracité. Mais à ce moment-là, quand il tourne Les Oiseaux, il souhaite punir son actrice pour s’être physiquement refusée à lui en dehors du plateau. Il considère qu’ils sont tous deux liés par un contrat unilatéral obligeant l’actrice à avoir une “disponibilité sexuelle”, ce qu’elle ce qu’elle n’a pas accepté : il se venge. »