L’humour vache ?

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Cet article est issu du numéro 30 de Philosophie magazine « 30 - juin 2009 », en kiosque le 28 mai 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Nous avons la réputation de cultiver une ironie mordante, qui tourne les autres en ridicule… mais de manquer d’autodérision. Préjugé ? Pas pour le philosophe Olivier Mongin. Inscrit dans une tradition élitiste, le rire français est selon lui une affaire sérieuse.

« Trois traits me semblent au cœur de l’humour français. C’est d’abord un rire très intellectualisé, car lié au langage, à la rhétorique et à la faconde verbale plutôt qu’au comique des corps en situation que cultivent les Anglais, les Italiens et les Russes. Les Français ont besoin de parler et de se moquer pour rire, ils ne savent pas faire de l’humour muet, rien qu’avec le corps, comme Chaplin ou Keaton – même si Tati s’en approche ! Ils sont, si l’on veut, mauvais rieurs : ils ne rient pas de manière forte, joyeuse, intempestive, mais toujours avec la distance de l’esprit. Ce qui inscrit le rire dans une tradition élitiste. Depuis l’époque classique, le langage a pris le dessus sur les corps. En France, l’État a cassé les corps et les corporations, il a réduit à une peau de chagrin la culture populaire, liée au burlesque des corps qui tombent avec lourdeur.

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