Cadrage

L’impasse du narcissisme

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Cet article est issu du numéro 55 de Philosophie magazine « 55 - hiver 2011 », en kiosque le 24 novembre 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Apprendre à se connaître a représenté une conquête. C’est devenu une passion. Mais n’est-ce pas désormais une maladie ? Tandis que les peuples, autour de nous, luttent, progressent, se révoltent, nous donnons l’impression d’être surtout obsédés par nos petites personnes. Autofictions, consultations, développement personnel, journaux plus ou moins intimes, replis sur soi, confessions publiques sur les écrans nous occupent souvent davantage que le vaste monde. À force de « nous écouter », nous n’entendons plus grand-chose.

C’était pourtant une si belle promesse. Entre le VIIIe et le IIe siècle avant notre ère, notre histoire a changé d’axe. Une exigence neuve est née simultanément chez les ascètes indiens, les penseurs chinois, les prophètes bibliques ou perses et les sages grecs. L’homme s’est libéré de sa soumission au ritualisme religieux et s’est pour la première fois regardé comme un être à part, un individu autonome et riche d’une personnalité propre. Dans le monde hellénique, les premiers philosophes cherchaient à comprendre la structure et la composition de l’Univers. Mais tandis qu’ils se disputaient sur l’eau, la terre, le feu, l’être et le devenir, une formule est apparue et a brusquement fait tourner les regards vers nous-mêmes. Ce mot d’ordre, malgré les malentendus, s’est enrichi au cours des siècles (lire l’article p. 52). Il reste brûlant. Les Églises, dans nos contrées, ne fournissent plus guère de réponses à nos questions. Quant aux progrès des sciences, ils sont si grandioses – presque effrayants – qu’ils nous poussent à rentrer en nous-mêmes pour comprendre comment nous avons pu faire naître un tel pouvoir de création et de destruction. La psychanalyse est apparue et s’est répandue dans les esprits. Enfin, les relations avec nos proches sont de moins en moins dirigées par des normes issues de la tradition. Si je ne suis pas certain de correspondre à ce que mon milieu a décidé pour moi (convictions, orientation professionnelle et sociale, caractère, sexualité…), alors le seul moyen d’être à peu près serein est d’apprendre à me connaître. Et si je me sens au contraire totalement perdu, orphelin d’une transmission culturelle qui n’opère plus, alors, là encore, il faut chercher en moi les clés de la tranquillité d’esprit.

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