Témoignages

L’infertilité masculine, entre injustice scientifique et tabou intime

Temps de lecture : 9 min

Spermatozoïde fécondant un ovule (vue d’artiste)

Spermatozoïde fécondant un ovule (vue d’artiste). © Mike Agliolo/SPL/Sciencephoto

Cet article est réservé aux abonnés.

L’infertilité masculine fait l’objet d’une hausse massive et mondiale ces dernières décennies, au point que les scientifiques prédisent une « menace pour la survie de l’humanité ». Pourtant, le discours social autour du sujet demeure compliqué, et la responsabilité de la fécondation est encore attribuée aux femmes de façon majoritaire. Pourquoi ?


 

Quand les hommes sont infertiles, ce sont les femmes qui paient le prix fort. C’est la conclusion qui pourrait être tirée de cette enquête sur l’infertilité masculine que nous avons menée après la parution d’une grande méta-analyse – la plus importante jamais réalisée sur le sujet de la qualité du sperme dans le monde – dans la revue britannique Human Reproductive Update. L’étude met en lumière une chute « alarmante » de la concentration des spermatozoïdes chez l’homme dans plus de cinquante pays, dont la France, entre 1973 et 2018. Ses auteurs vont même jusqu’à conclure une « menace pour la survie de l’humanité », précise au Monde l’épidémiologiste Hagai Levine, qui a participé au travail. Et pour cause, la concentration moyenne de gamètes dans le sperme aurait été divisée par deux au cours des quarante-six dernières années, et continuerait de diminuer de manière constante tous les ans.

Un problème complexe

Pour rappel, « infertilité » et « stérilité » ne sont pas équivalents. Tandis qu’être stérile, pour un homme, traduit l’incapacité totale de concevoir un enfant en raison d’une absence de spermatozoïdes dans le sperme, l’infertilité, elle, se diagnostique par une difficulté accrue à procréer (en l’absence de grossesse après 12 à 24 mois de rapports sexuels sans contraception). Elle est liée à deux phénomènes principaux : l’oligospermie, qui est une raréfaction de la quantité de spermatozoïdes ainsi qu’une diminution de leur mobilité, et l’oligo-asthéno-tératospermie (OATS), qui est une fréquence élevée de formes anormales de spermatozoïdes chez un homme.

Les chercheurs décrivent deux grands axes d’explication à ce déclin : nos modes de vie (tabagisme, sédentarité, consommation excessive d’alcool) et une pollution banalisée de nos quotidiens (omniprésence de perturbateurs endocriniens dans nos consommables, atmosphère dégradée dans les grandes villes). Surtout, note l’épidémiologiste Rémy Slama, directeur de recherche à l’Inserm : étant donné le cumul avec d’autres phénomènes observés, comme la hausse de l’incidence de cancer du testicule multipliée par 2,5 au cours des trente dernières années en France, « il serait trompeur de penser que ce problème peut être résolu simplement par plus d’assistance médicale à la procréation ».

Pourtant, l’infertilité masculine reste pour ainsi dire un non-sujet, sans que l’on sache vraiment pourquoi. Alors y a-t-il vraiment un désintérêt masculin pour le bon déroulement de la fécondation, « problème » que l’on incombe traditionnellement à la gent féminine ? Ou flotte-t-il encore un tabou autour d’une forme de défaillance de la virilité que l’on ne saurait pas accueillir et prendre en charge correctement ?

Cet article est réservé aux abonnés
Un problème médical complexe, doublé d’un tabou en privé
Les concepts liés à cet article

Dualisme EspèceFacultéForceGenrePossible Vie