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“L’Inquiétante Familiarité de la race”, d’Alain Policar

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“L’Inquiétante Familiarité de la race”, d’Alain Policar

© Éditions Le Bord de l'eau

« Le décolonialisme est la maladie sénile de la gauche intellectuelle contemporaine », affirmait ce matin le philosophe Pierre-André Taguieff dans Le Figaro. Au delà de l’invective, « décolonial » fait partie de ces concepts (relativement) nouveaux et de plus en plus présents dans le débat public – tout comme « postcolonial », « intersectionnalité », « racialisme ». Qu’ils soient brandis ou rejetés, affirmés ou critiqués, ces mots sont aujourd’hui sur toutes les lèvres, et au coeurs des polémiques les plus vives. Difficile, cependant, de s’y repérer dans cet essaim de notions qui se recoupent partiellement. 

Le politologue Alain Policar s’emploie justement, dans son dernier ouvrage, L’Inquiétante Familiarité de la race. Décolonialisme, intersectionnalité et universalisme (Le Bord de l’eau, 2020), à démêler la pelote conceptuelle.  

Race

Si l’idée que l’humanité serait divisée en différentes races inégales ne tient plus debout, cette conception du monde, indissociable de la colonisation, continue d’avoir des effets et de produire des discriminations structurelles. La race, catégorie artificielle construite par les oppresseurs, reste donc un outil critique pour affronter les logiques de domination et d’exclusion.

Racialisme

Alain Policar dénonce cependant, aujourd’hui, une « racialisation du monde » : dans certains mouvements, la race n’est plus (seulement) utilisée comme un outil critique mais comme un outil de catégorisation du monde ; elle n’est plus une identité négative mais une identité positive. L’enjeu : s’opposer à l’universalisme qui nie les différences entre les peuples ; affirmer l’irréductibilité des différences (pas nécessairement sur un mode hiérarchique). 

Décolonialisme 

Le discours racialiste est surtout défendu par les mouvements décoloniaux. Ceux-ci considèrent que la modernité occidentale est nécessairement porteuse de domination. Pour cette raison, le dialogue entre oppresseurs et opprimés est impossible. Dialoguer, c’est en effet déjà reconnaître l’humanité commune aux deux parties et donc prendre le risque d’oublier la différence.

Postcolonialisme 

La pensée postcoloniale, si elle exerce une certaine influence sur la pensée décoloniale, s’en distingue néanmoins fortement. Le geste postcolonial consiste en premier lieu à redonner la parole aux opprimés, afin de produire un nouveau récit commun, moins européocentré. Le postcolonialisme ne renonce donc pas aux idéaux d’émancipation de la modernité, et à l’universalisme.

Universalisme de surplomb

La pensée occidentale, en France notamment, a été dominée par une certaine conception républicaine, abstraite, de l’universalisme : un universalisme de surplomb, aveugle aux différences. Or, sous couvert d’impersonnalité, cet universalisme a conduit à imposer partout dans le monde une manière de vivre unique. Cette violence de l’universalisme n’est pas sans rapport avec la radicalisation actuelle du monde.

Universalisme pluriel

Contre cet universalisme, Alain Policar propose son idée d’un universalisme qui serait attentif aux différences. L’universalisme, en effet, n’est pas un principe d’uniformisation des sociétés. Ce qui est universel, ce sont d’abord les droits de la personne humaine, auquel chaque peuple peut en appeler à sa manière propre.

 

Paru en novembre 2020 aux éditions Le Bord de l’Eau, L’Inquiétante Familiarité de la race. Décolonialisme, intersectionnalité et universalisme, d’Alain Policar est disponible ici.

Entretien avec Alain Policar