Dossier/De la fin de la démocratie en Amérique

Lionel Shriver. Il faut qu’on parle de l’Oncle Sam

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Cet article est issu du numéro 143 de Philosophie magazine « De la fin de la démocratie en Amérique », en kiosque le 24 septembre 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Qualifiée de « Cassandre des lettres américaines » pour l’acuité de son regard, la romancière Lionel Shriver vient de faire paraître en français Propriétés privées (Belfond). Cette libertaire revendiquée dresse un tableau de l’état de l’Union à la veille des élections. 

On me demande souvent si le fait de vivre une partie du temps expatriée à Londres rend mon regard sur les États-Unis plus acéré, plus objectif ou plus pertinent. Je ne le crois pas. Ce que j’observe, je le fais ici depuis la fenêtre de mon bureau, quand je réside à New York. Et ce que je vois à la veille des élections, c’est un climat très tendu. Les démocrates redoutent que Trump n’accepte pas sa défaite aux élections. De toute ma vie, je n’ai jamais imaginé pareille situation, et je me figure maintenant le président tiré hors de la Maison Blanche par les forces de sécurité dans une camisole de force. Mais je veux penser que nos processus démocratiques restent suffisamment forts et intacts pour faire face à un personnage bouffon refusant de quitter le Bureau ovale. En revanche, les violences à Minneapolis, à Chicago, à Portland m’inquiètent vraiment. Je n’ai jamais connu de telles altercations depuis les années 1960, et les démocrates font une grosse erreur en ne condamnant pas explicitement ces violences. Ils laissent le champ libre à Trump en étant trop légers, en regardant ailleurs parce qu’une majorité de ces manifestants serait de leur bord. Leur attitude me paraît irresponsable. Cette violence est inacceptable, peu importe qu’elle soit la conséquence de l’escalade sécuritaire de Trump, dont ce dernier profite d’ailleurs électoralement.

 

Lionel Shriver © Leonardo Cendamo/Leemage
Lionel Shriver © Leonardo Cendamo/Leemage

“Le sentiment de liberté immense qui fonde les États-Unis est mis en danger des deux côtés du spectre politique”
Lionel Shriver
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