Entretien

“L’uniforme à l’école, c’est assigner la jeunesse à sa minorité”

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“L’uniforme à l’école, c’est assigner la jeunesse à sa minorité”

©David Pisnoy/ Unsplash

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La proposition de loi du Rassemblement national a été rejetée à l’Assemblée mais le débat sur le port de l’uniforme à l’école perdure. Pour Benjamin Simmenauer, professeur de philosophie à l’Institut Français de la Mode, le vêtement est un révélateur des crispations politiques et sociales. Entretien.


De quoi le retour du débat sur l’uniforme est-il le signe ?

Benjamin Simmenauer : Il est déjà le signe d’un fantasme. On entend parler du « retour de l’uniforme ». Or, sauf erreur de ma part, il n’a jamais existé dans les écoles publiques françaises, contrairement à ce que l’on peut observer au Royaume-Uni. Les élèves français ont certes porté la blouse jusque dans les années 1960, mais celle-ci n’était pas obligatoire.

 

En effet, la blouse servait surtout à protéger des taches d’encre à une époque où le textile était plus cher. De ce point de vue, l’autorisation du stylo Bic a plus fait pour la liberté vestimentaire que Mai-68 !

Si l’on aime parler des vêtements, c’est qu’ils constituent un facteur politique différenciant. Le discours sur le vêtement renseigne surtout sur le locuteur. Par exemple, je remarque que les personnes en faveur de l’uniforme ont en général quitté l’école depuis longtemps. Peut-être que la sensation de vivre dans des sociétés plus complexes couplée au sentiment de ne plus avoir autant prise sur le monde qui nous entoure détermine un désir de maîtrise et d’uniformisation.

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