Marcel Gauchet : « Il devient légitime de parler de soi »

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Cet article est issu du numéro 19 de Philosophie magazine « 19 - mai 2008 », en kiosque le 24 avril 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’attention portée à la vie intime des individus est symptomatique, selon Marcel Gauchet, de la mutation anthropologique que nous vivons et qui est marquée par un nouvel individualisme.

Philosophie magazine  : Comment analysez-vous la volonté d’honnêteté du président de la République sur sa vie privée ?

Marcel Gauchet  : Elle montre que le strict partage entre privé et public est devenu intenable. Il existe un mouvement de déformalisation des rôles sociaux où chaque emploi public a perdu son côté rituel, institutionnel, tandis que la personnalité de ceux qui les occupent compte de plus en plus. Les gens veulent en savoir davantage sur la personnalité du Président parce que ce qu’il est dans son individualité la plus intime concerne la manière dont il va exercer sa fonction. C’est un critère de jugement politique. Cette intervention du principe de personnalité dans toutes les dimensions de la vie publique est devenue une donnée. Mais personne n’attend du Président qu’il fasse une conférence sur ses peines de cœur. Le vrai problème pour les hommes publics est de savoir poser les limites entre ce qu’ils n’ont pas à cacher et ce qu’ils n’ont pas à dire. Nous sommes dans une période de reformulation et d’évolution. Si l’on ne voit qu’une personne qui occupe tout l’espace, avec un ego surdimensionné, narcissique et exhibitionniste, et qu’on ne voit plus la fonction, ce sera rejeté.

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