Entretien

Markus Gabriel : “L’homme est le seul animal qui soit”

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Markus Gabriel : “L’homme est le seul animal qui soit”

Markus Gabriel. © Magali Delporte/Signatures pour PM

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Philosophe précoce et surdoué dont la notoriété à rapidement dépassé les frontières de l’Allemagne, Markus Gabriel développe une pensée ambitieuse tout en restant accessible. Après plusieurs ouvrages à succès dont Pourquoi le monde n’existe pas (2013), il a répondu à nos questions à l’occasion de la parution de la traduction française de son dernier livre, L’Homme-animal (JC Lattès, 2024), qui invite l’être humain à se repenser dans son animalité. 


 

En quoi la crise que l’humanité traverse actuellement concerne-t-elle d’abord, selon vous, l’idée que nous nous ne faisons de nous-mêmes ?

Markus Gabriel : Fondamentalement, être humain, c’est agir à la lumière d’une conception de ce que signifie être humain. En Occident par exemple, nous faisons la distinction entre les animaux – qui font l’objet d’investigations biologiques – et d’autres entités comme les montagnes ou les nuages, que nous ne considérons pas comme vivants. Et nous distinguons entre les animaux doués d’un certain type d’esprit – c’est-à-dire nous, êtres rationnels – et les autres, les non-humains. Ce genre de distinctions ne reflète pas nécessairement la réalité mais davantage une certaine manière de vivre, avec toute une organisation socio-économique et un système politique sous-jacent (sur la distribution des ressources, par exemple). C’est la thèse générale du livre L’Homme-animal : la situation critique voire apocalyptique du moment que nous vivons est l’expression et le produit d’une conception erronée de l’être humain.

 

Ce que l’on prend pour une crise écologique serait plus profondément une crise anthropologique ou “anthropozoologique”, comme vous l’écrivez ?

Oui, car notre manière d’organiser l’économie, c’est-à-dire la modernité fossile du capitalisme industriel, vient en réalité d’une certaine manière de voir et de concevoir la nature dont nous savons maintenant, grâce au progrès des sciences, qu’elle repose sur des fondements faux. Quand j’écris que nous ne savons plus qui nous sommes, cela signifie que nous nous sommes trompés sur notre véritable nature. Et c’est pourquoi nous avons besoin, très urgemment, d’une nouvelle conception de ce que nous sommes et de ce que nous savons, de manière très complexe et donc sur la base d’investigations qui doivent être interdisciplinaires.

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