Matière à penser / Avril 2015

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Cet article est issu du numéro 88 de Philosophie magazine « Où avez-vous la tête ? », en kiosque le 26 mars 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La personnalité

La personalité

Yánis Varoufákis. Le maître du jeu des finances grecques

Son crâne rasé, sa dégaine de rock star, sa moto à grosses cylindrées, sa réputation d’économiste passé par les plus grandes universités en ont fait l’icône du nouveau gouvernement grec. Mais à l’heure où l’Union européenne, Allemagne en tête, impose à son pays de revenir à la table des négociations, Yánis Varoufákis va-t-il trouver une issue ? Dans ses travaux consacrés à la théorie des jeux, le nouveau ministre des Finances a élaboré un scénario alternatif à celui du célèbre « dilemme du prisonnier ». Cette expérience montre que deux acteurs qui auraient intérêt à coopérer optent pour la trahison mutuelle. Le scénario de Varoufákis, lui, est le suivant : sur une table où se trouvent mille souverains d’or, deux joueurs choisissent des pièces à tour de rôle. Si le premier en prend une, le second peut en faire autant, mais si le premier en prend deux (le maximum autorisé), tout s’arrête. Contre la théorie traditionnelle, Varoufákis soutient que si le long terme est pris en compte (si le jeu est reproduit plusieurs fois), les joueurs peuvent comprendre que la coopération est la voie optimale. Dans le « jeu » des négociations avec l’Europe, Varoufákis, après avoir menacé de sortir le premier, a choisi la voie de la coopération, mais ses partenaires se sont montrés inflexibles. Est-il en train de tester les limites de sa théorie ? Il prétend le contraire : « Le problème avec la théorie des jeux, c’est qu’elle prend pour acquises les motivations des joueurs. Au poker ou au black jack, cette hypothèse n’est pas problématique. Mais dans les délibérations actuelles entre nos partenaires européens et le nouveau gouvernement de la Grèce, toute la question est de forger de nouvelles motivations. De façonner une mentalité nouvelle qui transcende les clivages nationaux, dissout la distinction créancier-débiteur en faveur d’une perspective paneuropéenne et place le bien commun européen au-dessus de la petite politique. » Se revendiquant de Kant, « le philosophe allemand qui nous a enseigné que la raison et la liberté échappent à l’empire de l’opportunisme en faisant ce qui est juste », l’économiste n’a sans doute pas encore abattu sa dernière carte. Reste à savoir si la théorie des jeux aura raison de la politique… ou l’inverse.

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