Matière à penser/ Décembre 2013-Janvier 2014

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Cet article est issu du numéro 75 de Philosophie magazine « 75 - décembre 2013, janvier 2014 », en kiosque le 28 novembre 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La personnalité / Robert Shiller, un Nobel d’économie « spirituel »

En remettant le prix Nobel d’économie 2013 à Eugene Fama et Lars Peter Hansen en même temps qu’à Robert Shiller, l’Académie de Stockholm a récompensé deux conceptions opposées des marchés. Alors que Fama et Hansen, issus de l’École néoclassique de Chicago, partent du principe de l’efficience du marché et de la rationalité des agents économiques, Robert Shiller, professeur à Yale, est l’un des tenants de la « finance comportementale » qui insiste sur les biais psychologiques des investisseurs. Selon l’Académie, leurs approches seraient complémentaires, notamment dans la prévision de l’évolution du prix des actifs : pour Fama et Hansen, le marché intègre l’information plus vite que toute prévision extérieure ; Shiller soutient au contraire que cette variation est plus stable et donc plus prévisible à long terme, les investisseurs surréagissant aux signaux à court terme. Au-delà, ce que Shiller met en lumière – et ce qui lui a permis d’être l’un des rares à anticiper les dernières bulles spéculatives –, c’est ce qu’il appelle, à la suite de Keynes, de Descartes et de Galien – les « esprits animaux ». C’est-à-dire toutes les motivations psychologiques, comme le besoin spontané d’agir et l’espoir souvent chimérique de profits, qui polarisent notre comportement plus que tout calcul rationnel. « Quand je regarde autour de moi, affirme Shiller, je vois beaucoup de bêtise, et je ne peux pas croire que ce n’est pas important économiquement. »

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