Matière à penser / Octobre 2014
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Cet article est issu du numéro 83 de Philosophie magazine « 83 - octobre 2014 », en kiosque le 25 septembre 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
La personnalité / Le macaque photographe
Son selfie chamboule le droit d’auteur
Son visage, hilare, l’a imposé comme le premier animal à s’être pris en selfie – en autoportrait photographique. En 2011, le photographe animalier David Slater se rend dans le Parc national de Tangkoko, en Indonésie, pour un reportage. Profitant d’un moment d’inattention, une femelle macaque nègre s’empare de son appareil… puis appuie sur le déclencheur. Certaines photos sont très réussies, en particulier cet autoportrait doté de toutes les qualités requises par le « canon » : grain net, couleurs vives, expression forte. Wikipédia s’en empare et poste la photo sur son site Wikimedia Commons, une médiathèque de milliers de documents libres de droits. Alerté, Slater réclame le retrait du cliché qui le prive de ses précieux droits d’auteur. Wikipédia lui réplique qu’il ne possède pas les droits puisque c’est l’animal qui a posé et pris la photo. Or, comme un singe ne peut pas (encore) faire valoir ses droits, l’image appartiendrait donc au domaine public… En attendant que l’affaire se poursuive peut-être devant un tribunal, le Bureau américain des copyrights de la Bibliothèque du Congrès a tranché le 19 août dernier d’une formule sibylline : « Le bureau n’enregistrera pas de travaux produits par la nature, les animaux ou les plantes. » Une conception traditionnelle contre laquelle s’élève le philosophe Dominique Lestel, pour qui la culture n’est pas absente du monde animal. À condition de reconnaître les singularités qui se montrent capables d’inventer et de transmettre des comportements imprévus. Gageons qu’avec ou sans droits d’auteur, le selfie du macaque d’Indonésie a fait avancer la cause de la singularité animale.