Politique/Chine
Mieux que le président normal : le dirigeant fade
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Cet article est issu du numéro 65 de Philosophie magazine « 65 - décembre 2012, janvier 2013 », en kiosque le 29 novembre 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le congrès du Parti communiste chinois vient de porter Xi Jinping à la tête de l’État. Comparé à son rival déchu Bo Xilai, cet apparatchik paraît pour le moins falot. Faut-il voir dans ce choix une spécificité de la culture chinoise, qui exalte les qualités de la fadeur ?
Difficile d’imaginer un dirigeant moins flamboyant que Xi Jinping. Cet homme de 59 ans au visage poupin et à l’impeccable raie sur le côté ressemblerait plutôt à un acteur de série B. Comparé aux sinistres technocrates à lunettes qui dirigent à ses côtés la deuxième économie du monde, il a l’air presque débonnaire. Il pousse la discrétion jusqu’à s’effacer derrière son épouse, chanteuse de variétés bien plus célèbre que lui. Pour s’en convaincre, il suffit de le comparer à celui qui, il y a encore un an, était pressenti pour devenir le nouveau leader chinois, Bo Xilai. Charismatique, brillant, engagé dans un néomaoïsme détonnant, il a été écarté de la course au pouvoir en raison de divers scandales économico-politico--criminels. Ce n’est pas Xi Jinping qui ferait de telles vagues. Prince rouge, c’est-à-dire fils d’un haut dignitaire du Parti, il a passé une partie de sa jeunesse dans une région reculée, alors que son père subissait la répression de la Révolution culturelle. Il a mis des décennies, avec ténacité et modestie, à gravir les échelons. Vice-président chinois depuis quelques années, il a su ménager les autres membres du Politburo, libéraux formés à Harvard ou protectionnistes proches des Nord-Coréens. C’est lui qui vient d’être nommé à la tête de l’État pour succéder à Hu Jintao. En mars prochain, il deviendra, sauf surprise, président. Il devrait rester dix ans au pouvoir.